Sylvain Tesson : “L’Arménie est un éclat de nous-mêmes fiché dans l’Orient”

L’écrivain Sylvain Tesson s’est rendu en Arménie en octobre. Dans l’entretien réalisé à Erevan le 7 octobre et publié jeudi 24 novembre dans la Revue des Deux Mondes, Tesson dénonce le silence de la communauté internationale.

“Ce qui me lie à l’Arménie, ce sont les liens intangibles de la mémoire, de l’esprit, du cœur et de l’âme. Ce qui me lie à l’Azerbaïdjan, c’est un gazoduc”, dit Sylvain Tesson.

“L’Arménie est un verrou chrétien au milieu de l’ancien Empire ottoman. Aujourd’hui, réduite à peau de chagrin, verrouillée dans l’étau turco-azéri, elle est une anomalie démocratique étranglée par les satrapies. Le destin de l’Arménie ne concerne pas l’Arménie seule. Si on la considère comme une extension, une ombre projetée de l’Europe au seuil de la steppe, un éclat de nous-mêmes fiché dans l’Orient, alors c’est nous-mêmes qui sommes frappés par ses tourments”, indique Tesson.

“Au Karabakh, 130000 habitants. En Arménie, trois millions. Or notre époque, agenouillée devant la statistique, soumise au règne de la quantité, ne saurait mobiliser ses indignations pour de si faibles chiffres! L’invasion azérie n’est-elle pas formellement similaire à celle des Russes en Ukraine?”, pose-t-il la question.

“L’Ukraine occupe les esprits dans le monde. L’événement est tellement énorme qu’il détourne toute l’attention. L’Ukraine: écran total. Depuis la guerre en Ukraine et la crise énergétique, Bakou s’est armé d’un levier supplémentaire : le gaz et le pétrole. Peut-on accepter de sacrifier l’Arménie sur l’autel du chauffage central?”, s’interroge l’écrivain.

 

Source: Revue des Deux Mondes

Print Friendly, PDF & Email