La journaliste Anne Dastakian : Poutine n’assume plus son rôle de protecteur des Arméniens

La journaliste Anne Dastakian revient sur le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, dans son article publié dimanche 6 novembre, dans le magazine Marianne.  

En octobre, Anne Dastakian a réalisé le reportage en Arménie. La journaliste a visité la région de Syunik, “coincée entre l’Azerbaïdjan et son exclave le Nakhitchevan, qui relie l’Arménie à l’Iran”.

Dastakian note que Bakou, qui aurait répondu aux provocations d’Erevan, a lancé des attaques meurtrières en plusieurs points de la frontière, en septembre.

L’auteure du reportage s’est entretenue avec la famille Harutunyan du village Verishen, situé près de la ville de Goris. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, la famille Harutunyan s’est réfugiée à quelques mètres de la maison, dans l’ancienne habitation troglodytique familiale, transformée en étable depuis les années 1950. “Nous y sommes restés quatre jours. On y retournera si besoin”, dit Arman. Les Harutunyan n’excluent pas que les hostilités reprennent. 

Le maire de Verishen, Artak Zadayan, précise que ses administrés touchés par les tirs azéris le mois précédent ont tous reçu de l’État un dédommagement pour réparer leurs maisons avant l’hiver. “Il n’y a pas eu de panique, ici. Sur 2 200 habitants, dont 340 enfants, presque personne n’est parti. Certains se sont seulement temporairement installés à Goris.”

Selon Sylvia Ivanyan, qui tient une chambre d’hôtes dans la ville voisine de Goris, “le tourisme local a beaucoup souffert de l’attaque azérie du mois de septembre”.

Récemment revenu en Arménie pour y fonder une famille, son fils cadet, Samvel, s’emploie à lutter contre l’exode rural dans cette région frontalière. 

“Dans le Syunik, beaucoup sont partis. Désormais, de nombreux villages sont entourés de soldats azéris et, souvent, les éleveurs ont peur que leur bétail s’aventure chez eux”, constate-t-il. Pour le Fonds arménien de France, un fonds caritatif de la diaspora de l’Hexagone, Samvel distribue une aide concrète aux villageois frontaliers et aux familles de soldats morts durant la guerre : semences, plants d’arbres fruitiers, ruches, serres, moutons et poules pondeuses, motoculteurs parfois, mini-usine de séchage de fruits, et jusqu’à des systèmes d’adduction en eau potable. Dans la plupart des villages, il y a des panneaux solaires, eux aussi offerts par des fondations étrangères.

Analyste spécialiste des questions de sécurité dans le Caucase à l’International Crisis Group, Olesya Vartanyan s’est rendue à la mi-octobre, à la station thermale de Jermuk, à 70 km au nord de Goris, et au village de Sotk, plus au nord. “Un mois après l’attaque azérie, la plupart des habitants n’étaient pas revenus. Et Jermuk, qui est pourtant une destination touristique, n’est pas une exception”, raconte-t-elle.

“La Russie, en principe alliée de l’Arménie au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) de l’Arménie, où elle est militairement présente, ne s’est pas interposée lors de l’attaque. Du reste, entre Erevan et Goris, on ne croise qu’un seul checkpoint russe, plutôt symbolique, dont l’objectif semble être de garder un grand portrait de Vladimir Poutine vantant “l’union pour les siècles” avec la Russie”, conclut la journaliste.

 

Source: Marianne

Print Friendly, PDF & Email