Deux ans après la guerre, l’Azerbaïdjan se réapproprie le Karabakh

Au Caucase, deux ans après la guerre du Haut-Karabakh, la trêve est fragile entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Des négociations de paix sont en cours entre les deux voisins, mais les violations du cessez-le-feu sont régulières, fait savoir Radio France, vendredi 18 novembre.

Le 10 novembre a marqué les deux ans de la signature par l’Arménie et l’Azerbaïdjan d’un cessez-le-feu sous l’égide de la Russie, mettant fin à 44 jours de guerre entre les deux pays. 

Le lundi 31 octobre, Bakou et Erevan se sont engagés à “ne pas recourir à la force” pour résoudre leur différend au Karabakh. Un accord trouvé à Sotchi au bord de la mer Noire, en présence de Vladimir Poutine. Depuis le cessez-le-feu de 2020, environ 2 000 militaires russes jouent le rôle de force d’interposition entre les deux belligérants.
En septembre, près de 300 soldats arméniens et azerbaïdjanais sont morts dans des affrontements frontaliers. Des pertes qui s’ajoutent aux 6 500 personnes mortes pendant le conflit en 2020, et aux 30 000 victimes de la première guerre du Haut-Karabakh dans les années 1990.

Le Haut-Karabakh, enclave peuplée majoritairement d’Arméniens au sein de l’Azerbaïdjan, a échappé au contrôle des Azerbaïdjanais pendant près de 30 ans. 

Bakou en a récupéré en 2020 une large partie, mais la ville de Stepanakert est toujours sous contrôle des séparatistes arméniens de la république d’Artsakh.

L’Azerbaïdjan revendique la souveraineté sur l’intégralité du Haut-Karabakh. 

Bakou réinvestit les territoires reconquis en 2020. L’Azerbaïdjan démine les champs de bataille, construit des infrastructures et commence à repeupler la région.

Les invités de l’émission Grand Reportage Bayram Balcı, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) Sciences Po à Paris, ancien directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul et Taline Ter Minassian, professeure d’histoire contemporaine de la Russie et du Caucase à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco), directrice de l’Observatoire des États postsoviétiques reviennent sur la question. 

Selon Taline Ter Minassian, “on n’a pas une vision claire de ce qui se passe dans les territoires qui ont été récupérés par l’Azerbaïdjan, parce qu’on n’y a pas accès”. Elle rappelle  que “les Arméniens sont toujours présents dans un morceau du territoire réduit qui est toujours le Haut-Karabakh, mais qui n’a plus, évidemment, la même taille qu’aupravant”. 

Taline Ter Minassian affirme que la situation au Karabakh est maintenue parce qu’il y a un centre de surveillance russo-turque et les forces de maintien de la paix russes. Elle souligne que l’Azerbaïdjan ne veut pas entendre parler de statut pour le Karabakh. 

“La question la plus problématique dans l’accord de cessez-le-feu, c’est la question des voies de communication et du tracé du corridor. Cet accord impose la réalisation de deux corridors : l’un entre le Karabakh et l’Arménie, l’autre entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan. On ne sait pas par où pourrait passer un tel corridor.” Elle fait remarquer que l’Iran a fait entendre très clairement qu’il est opposé à toute modification de frontière. 

D’après Bayram Balci, l’Azerbaïdjan ne veut pas donner d’autonomie au Karabakh. “On a le sentiment que l’Azerbaïdjan voudrait que les Arméniens du Karabakh acceptent de vivre sous l’administration azerbaïdjanaise”, ce qui, pour l’instant, n’est pas possible pour les Arméniens, estime Bayram Balci. “Sur le terrain militaire, l’Azerbaïdjan était gagnant, mais cette victoire n’est pas reconnue par l’Arménie” et Bakou veut qu’elle soit reconnue politiquement.

Bayram Balci souligne l’importance du corridor entre le Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan qui permettrait d’avoir une voie de communication terrestre entre ces deux parties. Selon lui, l’Arménie va accepter le tracé de ce corridor, mais la question qui se pose, c’est “qui va garder la frontière : est-ce qu’elle sera sous contrôle russe, azéri ou arménien?”

La réalisation d’un corridor qui sera complètement sous le contrôle azéri inquiète l’Iran, parce que, de point de vue économique, cela n’est pas avantageux pour les Iraniens, indique Bayram Balci. 

 

Source: Radio France

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