Jacques Soppelsa : l’épineuse question du Haut-Karabakh

Le géopolitologue Jacques Soppelsa revient sur la question du Haut-Karabakh dans son article publié lundi 5 septembre dans le journal Opinion Internationale.

“Au début de l’année 1993, les forces arméniennes pénètrent en territoire azéri et occupent une zone qu’elles qualifient de “périmètre de sécurité” autour du Haut-Karabakh, soit quelque 8 000 km2 de terres azerbaïdjanaises. A l’issue du conflit, au terrible bilan (plus de 40 000 morts, 1,3 million de personnes déplacées vers Bakou, et par d’effroyables massacres, comme celui de Khojaly (613 civils, dont 106 femmes et 87 enfants), 20% du territoire azéri sont désormais contrôlés par Erevan : le Haut-Karabakh et sept districts voisins, ceux de Fuzuli, d’Agdam, de Djebrail, de Goubadly, de Latchin, de Kelbadjar et de Zanguilan.

Le contexte régional s’avère d’autant plus complexe que, quelques mois avant l’implosion de l’URSS, les Arméniens du Haut-Karabakh, après avoir vainement réclamé leur rattachement à Erevan, décident unilatéralement de leur indépendance. Le 7 Janvier 1992, la “République du Haut-Karabakh” est proclamée. Une “République” qui, aujourd’hui encore, n’a été reconnue par aucun membre des Nations Unies et seulement par trois Etats non membres de l’organisation internationale : l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud et la Transnistrie”, fait savoir l’auteur de l’article.

Jacques Soppelsa rappelle que les Nations Unies ont adopté quatre résolutions sur ce conflit au début des années 90: 

– La Résolution 822 du 30 Août 1993 :

Le Conseil de Sécurité reconnaît avec inquiétude qu’il y  a eu invasion du district de Kelbadjar en République azerbaïdjanaise par des forces arméniennes, exige la cessation immédiate de tout acte d’hostilité et le retrait immédiat de toutes les forces d’occupation du Kelbadjar et des autres régions occupées de l’Azerbaïdjan.

– La Résolution 853 du 29 Septembre 1993 :

A la suite de la prise du district azéri d’Agdam par les Arméniens, le Conseil de Sécurité condamne cette nouvelle invasion, exige le retrait immédiat des forces occupant Agdam et les autres zones occupées, et demande à tous les Etats membres de s’abstenir de fournir des armes et des munitions qui pourraient intensifier le conflit.

– La Résolution 874 du 14 Octobre 1993 :

Le Conseil de Sécurité prend acte de l’entrée de la Fédération de Russie au sein du Groupe de Minsk et rappelle expressément la nécessité de consolider le cessez-le-feu en vigueur.

– La Résolution 884 du 12 Novembre 1993 :

Le Conseil de Sécurité constate  l’aggravation de la situation dans le Haut Karabakh et l’escalade des hostilités armées ; condamne les violations du cessez le feu, l’occupation des districts azéris de Zanguilan et de Goubadly et exprime sa vive préoccupation face aux bombardements du territoire de la République azerbaïdjanaise.

Toutefois, les exigences des résolutions n’ont pas été respectées.

En juin 2016, le Groupe de Minsk a présenté des propositions reposant sur :

– le retrait complet des forces arméniennes des sept enclaves occupées ;

– la démilitarisation du Haut-Karabakh avec déploiement d’une force multilatérale de paix et de sécurité ;

– la réinstallation des personnes déplacées et le financement de la reconstruction des villes et des villages détruits par la guerre ;

-in fine, un référendum sur le statut du Haut-Karabakh.

“Plusieurs documents, depuis cette date, appuyés ultérieurement par l’ONU, ont été validés par l’OTAN, l’OSCE, le Conseil de l’Europe et l’Organisation de la Coopération Islamique, pour résoudre le problème conformément aux normes du droit international. Bakou semblait assez ouvert à ces propositions. Le Président azéri avait accepté l’idée d’un statut transitoire, sur cinq ans, pour les districts de Kelbadjar et de Latchin, avec un corridor vers l‘Arménie. Mais Erevan n’avait, à l’époque, pas donné suite”, fait remarquer Jacques Soppelsa.

“En octobre 2020, une nouvelle crise se manifeste, après de multiples incidents de part et d’autre de la frontière. L’aviation azérie bombarde la ville de Stepanakert. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian appuie le gouvernement karabakhtsi et le président Erdogan se solidarise des initiatives de Bakou. Mais le cessez-le-feu est obtenu le 10 novembre, via  l’intervention du Kremlin et les deux présidents, azéri et arménien, signent un “traité de paix” qui reprend dans ses grandes lignes le document évoqué supra et les propositions suggérées par le Groupe de Minsk en 2016 : Erevan s’engage à rétrocéder à Bakou les districts d’Aghdam et de Kelbadjar ; un corridor est aménagé à Latchin ; le retour des personnes déplacées sera effectué sous le contrôle de l’ONU ; et, plus concrètement encore, dès le lendemain de la signature de l’accord , deux mille soldats russes sont déployés le long de le l’ancienne ligne de front..

La paix sera-t-elle durable ?  Des incidents de frontières se sont de nouveau manifestés au cours de ces derniers mois…

De facto, la question du Haut-Karabakh envenime depuis près d’un tiers de siècle l’ensemble du Caucase”, conclut Jacques Soppelsa.

 

Source: Opinion Internationale

Print Friendly, PDF & Email