Le journaliste Pierre Jova : Pour les Arméniens, la perte de Berdzor semble un prélude à leur disparition

Dans le cadre des négociations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, trois villages d’un corridor stratégique sur la route du Karabakh sont livrés aux Azéris jeudi 25 août, a fait savoir le journaliste Pierre Jova dans son article publié dans La Vie.

Le Karabakh est situé depuis l’époque soviétique à l’intérieur des frontières de l’Azerbaïdjan. En 1991, le Karabakh a fait sécession et a conquis son indépendance après un conflit violent, mis en sommeil en 1994, puis réactivé en septembre 2020.

Après la défaite infligée aux Arméniens en novembre 2020, l’Arménie a été contrainte de livrer plusieurs localités, y compris les villages de Nerkin Sus, Berdzor et Aghavno, à l’Azerbaïdjan vainqueur. 

Les familles arméniennes ont quitté le Karabakh en laissant derrière elles des slogans rageurs sur leurs murs. Toutefois, les Arméniens ont cette fois été dissuadés de mettre le feu à leurs maisons : le gouvernement d’Erevan a menacé de priver les incendiaires de l’allocation promise aux réfugiés, d’un montant de 40 000 drams (environ 100 €) par mois et par personne.

Après une ultime liturgie célébrée le 18 août 2022 par l’évêque local de l’Église apostolique arménienne, les Arméniens ont désacralisé l’église de l’Ascension, à Berdzor. Les Arméniens redoutent que l’église soit transformée en mosquée ou qu’elle soit donnée à la communauté oudie, minorité ethnique de citoyenneté azérie et de confession orthodoxe.

Le village de Berdzor (“Lachin” en turcophone) avec les deux autres communes livrées le 25 août, verrouille un corridor stratégique reliant l’Arménie et le Karabakh à travers les montagnes. Jusqu’à présent, les soldats russes assuraient une circulation alternée dans le corridor de Lachin, entre convois arméniens et azéris. L’Azerbaïdjan rappelle que le corridor de Lachin était peuplé d’Azéris, chassés par les Arméniens en 1992, et que l’église de Berdzor date seulement  de 1998. Il souligne aussi que plusieurs habitants actuels de l’endroit sont des réfugiés arméniens du Liban et de Syrie, implantés dans les années 2010.

Selon le journaliste, pour les Arméniens du monde entier, la perte de Berdzor sonne comme le prélude à leur disparition. Beaucoup craignent que l’Azerbaïdjan et la Turquie ne s’arrêtent pas là, malgré les déclarations officielles de Bakou et d’Ankara appelant à un partenariat durable avec Erevan.

D’après l’auteur de l’article, l’Arménie est abandonnée par la Russie et l’UE. 

“La Russie, perçue par les Arméniens comme leur protecteur traditionnel, n’a pas empêché l’Azerbaïdjan d’envahir le Haut-Karabakh en 2020, et l’Union européenne a conclu un partenariat énergétique avec le régime azéri en juillet 2022, pour remplacer les livraisons de gaz russe.”

“Un certain nombre d’États-Uniens et de Français d’origine arménienne ont choisi de s’expatrier à Erevan”, note Pierre Jova. “Ils sont encore peu nombreux, mais ils sont convaincus que l’Arménie ne pourra refleurir sans la présence réelle de ses enfants.”

 

Source: La Vie

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