A Erevan, l’université française en Arménie se fait une place

Un article du journaliste chez Le Monde, Eric Nunès, sur l’université française en Arménie (UFAR) a été publié vendredi 5 août.

Selon Anne Louyot, ambassadrice de France en Arménie, “la création de l’UFAR repose sur un accord intergouvernemental entre les deux pays”. 

La nouvelle université, inaugurée le 18 juillet 2000, est une fondation de droit arménien. La France offre les services d’un recteur, ou plutôt d’un chef d’orchestre chargé d’importer un modèle pédagogique, de l’adapter aux besoins du pays, puis d’assurer son équilibre financier. 

L’enjeu est de faire de l’Arménie un Etat de droit, d’aider le pays à se doter de gestionnaires avisés. Ainsi, le droit et la gestion ont commencé à être enseignés ici en premier lieu. L’université Jean-Moulin Lyon-III avait exporté son expertise et envoyé ses enseignants construire des cursus sur mesure.

En 2018, l’UFAR a élargi son offre de formation et s’est tournée vers l’université Toulouse-III Paul-Sabatier, pour créer une faculté d’informatique et de mathématiques appliquées.

“L’UFAR est une machine à fabriquer de la francophonie”, dit Éric Carpano, président de Lyon-III. 

En effet, 91 % des étudiants ne parlent pas français à leur entrée à l’UFAR. “Ils font le choix de venir chez nous alors qu’ils savent qu’ils vont faire face à une énorme barrière linguistique”, souligne Bertrand Venard, recteur de l’université. 

Les élèves suivent, durant les deux premières années, des cours renforcés de français, qui devient, à partir de la troisième année, la langue de travail pour l’ensemble des enseignements. Il faut suivre quatre ans d’études pour obtenir une licence.

Pour acquérir autant et aussi vite, “il faut une soif d’apprendre, de la flexibilité intellectuelle, une forte capacité de mémorisation”, dit le recteur.

De l’UFAR sortent des jeunes gens polyglottes, dotés de “diplômes reconnus”, précise Tigran Arakelian, président de la chambre de commerce et d’industrie France Arménie (CCI France Arménie).

La direction française de l’université a instauré les règles d’intégrité valables en France. “C’est un combat quotidien de faire en sorte qu’il n’y ait pas de tricherie. C’est une surveillance des étudiants, du personnel, des enseignants”, témoigne Bertrand Venard. Les fraudeurs font l’expérience nouvelle de la commission de discipline, et les étudiants dilettantes sont invités à repasser leur examen. En 2022, près de 200 étudiants, soit près de 10 % des effectifs, ont été sanctionnés pour absentéisme.

Six mois après l’obtention du diplôme, le taux d’insertion des étudiants est de 92 %, selon l’université. Chaque année, l’UFAR organise un forum où se rencontrent entreprises et étudiants. Il y a quinze ans, “quand nous parvenions à faire venir une vingtaine d’entrepreneurs, nous étions contents”, se souvient Asya Movsisyan, responsable du développement.

En 2020, l’établissement comptait 1 300 étudiants, ils sont aujourd’hui 1 700, et le chiffre pourrait monter à 2 000 à la rentrée de septembre 2022. Cette hausse des effectifs apporte aussi une rentrée d’argent significative, car, contrairement à la plupart des universités françaises, l’UFAR est payante. Chaque étudiant doit débourser entre 1 500 et 2 000 euros par an, dans un pays où le salaire mensuel moyen est d’environ 400 euros.

 

Source: Le Monde

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