Tigrane Yégavian : “L’avenir du Karabakh est lié à celui de la Russie”

Le géopolitologue et essayiste franco-italien Alexandre del Valle s’est entretenu avec Tigrane Yégavian, chercheur au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), membre du comité de rédaction de la revue Conflits, spécialiste du Caucase. L’interview a été publiée sur Atlantico.

Selon Tigrane Yégavian, la guerre en Ukraine va avoir un impact sur l’Arménie. 

“Ayant scellé son destin à celui de la Russie, l’Arménie va se retrouver davantage fragilisée”, affirme-t-il. “Le jour du déclenchement de la guerre (24 février 2022), on apprenait la démission du chef d’état-major de l’armée arménienne et la convocation à Moscou du ministère de la Défense. Cette guerre en Ukraine donne l’occasion à l’Azerbaïdjan de bomber le torse et de négocier des livraisons de gaz aux Européens en alternative à celui que la Russie ne livrera pas.”

Yégavian évoque également la guerre dans le Haut-Karabakh. “La défaite militaire de l’Arménie est la suite logique d’une défaite démographique et diplomatique, car Erevan n’ayant jamais reconnu l’indépendance de l’Artsakh, s’était retrouvée complètement isolée sur ce dossier. Nikol Pachinian et son équipe ne sont nullement responsables de 20 ans d’incurie et de captation des ressources au profit d’une minorité d’oligarques prédateurs et de dirigeants qui n’ont rien fait pour enrayer l’émigration massive, qui a considérablement fragilisé le pays.”

D’après le chercheur, les déclarations de Nikol Pachinian en août 2019 à Stepanakert selon lesquelles l’Artsakh est l’Arménie, ce qu’aucun chef de l’État arménien n’avait osé dire auparavant, ont sapé son autorité aux yeux de la communauté internationale. 

Abordant les relations entre la Russie et l’Arménie, Yégavian affirme que “depuis le début de la décennie 2000 l’Arménie a cédé tout un pan de son secteur économique stratégique à la Russie. La Russie exporte son gaz et son armement à des prix préférentiels en l’échange d’une dépendance toujours plus accrue. Résultat, l’Arménie n’a pas pu diversifier ses approvisionnements énergétiques en provenance de l’Iran, pays voisin avec qui elle entretient des relations amicales. De plus, les élites arméniennes ont commis l’erreur funeste de penser que se retrouver isolées des grands projets de gazoducs reliant l’Azerbaïdjan à l’Occident, serait compensé par l’aide de la diaspora. C’est oublier que la diplomatie ne rime pas avec le lobbying…”.

Selon lui, l’avenir du Karabakh est lié à celui de la Russie “dans la mesure où l’Arménie trop faible ne peut plus être garante de son intégrité”. Il souligne que les autorités arméniennes ont “lâché” Stepanakert. “Depuis le cessez-le-feu aucune visite de haut rang n’a été enregistrée.”

 

Source: Atlantico

Print Friendly, PDF & Email