Pécresse au Karabakh: un déplacement permis par la bienveillance russe

Le journaliste à L’Opinion Jean-Dominique Merchet fait le point sur le voyage de Valérie Pécresse au Karabakh

La candidate LR à la présidentielle Valérie Pécresse a profité d’un séjour en Arménie, fin décembre, pour se rendre dans le territoire voisin du Haut-Karabakh placé depuis la guerre de 2020 sous la protection de l’armée russe.

La candidate LR décide de se rendre au Haut-Karabakh voisin, pour y réaffirmer son soutien à la cause arménienne et aux chrétiens d’Orient. Problème : au regard du droit international, le Haut-Karabakh n’est pas en territoire arménien, mais appartient de jure à l’Azerbaïdjan. L’indépendance de la “République d’Artsakh”, le nom arménien de la région, n’a été reconnue par aucun État, pas même par la République d’Arménie.

Valérie Pécresse n’est pas la première responsable française à se rendre au Karabakh. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, y est allé dès décembre 2020, et l’eurodéputée LREM Nathalie Loiseau en juillet dernier. En revanche, Eric Zemmour est resté en Arménie, pour des raisons de sécurité.

Pour l’Azerbaïdjan, le déplacement de Valérie Pécresse et de son équipe est une “visite illégale”. 

Le 12 janvier, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev assure : “Si nous avions su qu’ils étaient là-bas, il est évident que nous ne les aurions pas laissés revenir”  en Arménie. C’est la menace d’une arrestation et d’une expulsion pour violation de la frontière, mais la candidate des Républicains y voit des “menaces de mort”. Le 15 janvier, son avocat Thibault de Montbrial a déposé une plainte en ce sens contre Ilham Aliyev.

Mardi 18 janvier, à l’Assemblée nationale, Eric Ciotti a dénoncé le “silence extraordinairement assourdissant” de Jean-Yves Le Drian devant les “attaques violentes” visant Valérie Pécresse.

Le Drian a réagi en qualifiant les déclarations d’Aliyev d’inacceptables “sur la forme et sur le fond” et réaffirme la “solidarité de la France avec l’Arménie”. 

Toutefois, le ministre des Affaires étrangères “trouve regrettable que ce déplacement n’ait fait l’objet d’aucune information adressée aux autorités de la République. Ce n’est pas conforme aux habitudes, et ce n’aurait pas été superflu. D’autres le font, Madame Pécresse ne le fait pas ; ce n’est pas convenable”.

Ce déplacement pose plusieurs problèmes, note Jean-Dominique Merchet. D’abord, le respect du droit international, auquel la diplomatie française est attachée. La France ne reconnaît pas la souveraineté arménienne sur ce territoire. La visite d’une candidate à l’élection présidentielle n’est, à cet égard, pas neutre.

Depuis la défaite militaire arménienne lors de la guerre de l’automne 2020, une force d’interposition russe est déployée dans la région. Sur place, 2000 militaires russes assurent la protection de plusieurs dizaines de milliers d’Arméniens sur ce qui reste de la République autoproclamée d’Artsakh.

Les forces d’interposition russes contrôlent le seul point de passage entre l’Arménie et la Haut-Karabakh : le corridor de Latchine, en territoire azerbaïdjanais. C’est la route que Valérie Pécresse a empruntée pour effectuer une visite de quelques heures au Karabakh.

Mécontentes de la visite de Valérie Pécresse, les autorités de Bakou ont interrogé les Russes. Les Casques bleus ont dit que cela leur avait échappé et que Pécresse était arrivée dans une voiture ordinaire. 

 

Source: L’Opinion

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