Comment refonder les relations entre l’UE et la Turquie?

Bahadir Kaleagasi, le président de l’Institut du Bosphore, Joachim Bitterlich, ancien ambassadeur, ancien conseiller du chancelier Helmut Kohl, Barçin Yinanç, journaliste indépendante et chroniqueuse, Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris et auteur de la “Turquie, un partenaire incontournable”, aux editions Eyrolles, reviennent sur la questions des relations entre l’UE et la Turquie sur RFI, dimanche 17 octobre.

Selon Barçin Yinanç, les relations entre l’UE et la Turquie ne changent pas, mais la société civile turque reste enthousiaste par la perspective controversée d’une entrée de la Turquie dans l’UE. 

Yinanç affirme que même si la Turquie n’est pas au seint de l’UE, elle influence

les événements en Europe. “Quand la Turquie a décidé de sortir de la Convention d’Istanbul, le Conseil européen s’est rendu compte de l’importance de cette Convention. Donc, même en restant dehors, la Turquie influence l’Europe.” 

Pour elle, c’est le processus de l’adhésion qui est très important, parce que “c’est pendant le processus que la Turquie faisait des réformes et c’est le processus de l’adhésion qui représente le soft power de l’UE”. 

D’après Didier Billion, les relations entre la Turquie et l’UE sont moins mauvaises qu’il y a un an. “L’UE n’est pas unifiée quant à son rapport à la Turquie. Nous avons constaté en 2020 que le président Macron, à plusieurs reprises, a tenté de faire voter des sanctions à l’encontre de la Turquie, notamment à propos des tensions qui s’étaient cristallisées en Méditerranée Orientale. Il faut admettre que la chancelière Merkel, pour sa part, avait choisi une autre voie. Elle a tenté de jouer la carte de la négociation et de mettre en œuvre une politique de médiation.”

Didier Billion fait remarquer que les responsables turcs disent souvent que l’UE est “un club chrétien”. Billion affirme qu’il faut “mettre les choses au point pour désamorcer les faux débats et pour s’attaquer aux débats de fond. Les principes politiques, la démocratie, l’état de droit sont des problèmes de fond qu’il nous faut aborder”. 

Il ajoute qu’aujourd’hui “nous sommes dans la plus mauvaises des situations. Il y a l’illusion de la poursuite de la négociation. Et puis, par ailleurs, on sait bien que la Turquie reste une question posée à l’UE, mais nous n’osons pas véritablement initier une série de mesures et de décisions”.

Bahadir Kaleagasi souligne qu’il y a environ 10 dix, “la Turquie était un pays qui remplissait les critères démocratiques de l’Europe et qui avait déjà transposé plus de 50% de l’acquis communautaire. La Turquie était presque à 100% en convergence en matière de politique étrangère commune de l’UE. 

L’Europe change. Peut-être qu’il y aura une intégration différenciée mieux organisée en Europe avec différents statuts et axes d’intégration. Et à cause de où grâce à des points de vue au Brexit, la Turquie peut trouver une place dans cette Europe à géométrie variable. Mais d’ici là, il faut se focaliser sur les axes de progrès, l’union douanière, les relations commerciales, la transition écologique et numérique. Tout cela est dans l’intérêt des citoyens européens, y compris les Turcs”.

Joachim Bitterlich note qu’il y a 8 jours, il y a eu le sommet de l’UE avec l’Ouest des Balkans où il y a des pays qui souhaitent l’adhésion à l’UE, comme la Turquie. “L’UE a rappelé une chose : L’UE est-elle prête à accepter de nouveaux Etats membres sans adaptation intérieure?” 

Hélas, là, il y a un des problèmes devant l’UE: la Turquie n’est pas un petit pays avec 1 million d’habitants. La Turquie sera, si il y a l’adhésion, le plus grand pays de l’UE en nombre d’habitants. D’où la question qui se pose : quelles seront les conséquences d’une telle adhésion?”

Bitterlich défend l’idée d’une revue de l’union douanière entre la Turquie et l’UE, comme un premier pas vers l’adhésion future. 

 

Source: RFI

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