Arménie – Azerbaïdjan: Du journalisme à la propagande

Le journal Musulmans en France a commenté mardi 31 août l’article du directeur adjoint du Figaro Magazine, Jean-Christophe Buisson, “Les enclaves, ces territoires en terre étrangère. Karabakh arménien: opération survie.”

Le journal note que Jean-Christophe Buisson utilise les arguments des extrémistes arméniens et qu’il est donc engagé dans la propagande plutôt que dans le journalisme.

Les journalistes de Musulmans en France attirent l’attention sur quelques phrases écrites par Buisson qui pourraient tromper le public.

Jean-Christophe Buisson écrit que “la région du Karabakh est intégrée à l’Arménie depuis le IVe siècle avant JC.” Le journal Musulmans en France note que “la région appartenait à l’Albanie du Caucase, et n’était pas peuplée d’Arméniens. C’est l’Empire russe qui a incité, par le décret du 10 novembre 1724, les Arméniens à venir s’installer en masse dans cette région du Caucase, pour faire contrepoids aux empires concurrents ottoman et perse. Malgré cela, le Khanat du Karabakh a été, lors de son rattachement à la Russie en 1811, reconnu par celle-ci comme musulman et azerbaidjanais.”

Selon Buisson, “l’armée azerbaïdjanaise est commandée par des généraux turcs et s’est appuyée sur des milliers de djihadistes syriens”. Le journal Musulmans en France fait remarquer qu’en réalité, cela n’a jamais été démontré. Par contre, de nombreux étrangers, dont beaucoup de français, se sont battus dans les rangs de l’armée régulière arménienne.

“Les journalistes n’ont pas eu accès au Karabakh”, écrit le journaliste du Figaro. 

“Ils y étaient ouvertement invités au contraire. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas pressés pour aller voir ce qui se passait du côté azéri”, note le journal Musulmans en France.

“L’envoyé spécial d’un grand hebdomadaire parisien, présent sur la ligne de front du côté azerbaidjanais a lui aussi évoqué la présence des fameux mercenaires, tout en avouant aux responsables azéris qui l’avaient invités qu’il n’avait effectivement pas vu cette armée fantôme, mais que son article n’aurait pas été publié s’il n’en n’avait pas fait mention”, note le journal.

Musulmans en France rappelle que la journaliste de TF, Liseron Boudoul, a été harcelée après un reportage en Azerbaïdjan et la chaîne a supprimé le reportage de son site Web.

Les journalistes de Musulmans en France réfutent les allégations avancées par Buisson sur la destruction par les azerbaïdjanais des édifices religieux. “Ce sont les arméniens qui, pendant leur 30 ans de présence au Karabakh, ont vandalisé des mosquées, mais aussi des théâtres, des musées, et également des monuments chrétiens orthodoxes, comme à Aghdam ou Khodjavend, dont l’église a été entièrement détruite par les forces arméniennes lors de l’occupation de la ville en 1992. Par ailleurs, une grande partie des soi-disant églises arméniennes sont d’anciennes églises chrétiennes orthodoxes transformées en églises arméniennes, après que les populations locales ont été chassées de leurs terres, comme l’église Saint Jean Baptiste à Choucha”.

“L’eau des rivières locales, dont les sources se trouvent désormais se l’autre côté de la frontière, coule avec moins de fluidité”, écrit Jean-Christophe Buisson. 

“Pendant 30 ans, ce sont les villages azéris qui ont été privés d’eau en raison de l’occupation. Les Azerbaïdjanais n’ont fait qu’une chose: rétablir les communications, les approvisionnements. Pour tous”, rétorque Musulmans en France.

Le journal Musulmans en France réfute l’hypothèse selon laquelle le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan est de nature religieuse. Cette déclaration “constitue une véritable manipulation, destinée sans doute à s’attirer le soutien des chrétiens européens. Cela marche – un peu – en France, puisque l’association SOS Chrétiens d’Orient s’est délibérément rangée du côté arménien. Une association qui n’est d’ailleurs pas en odeur de sainteté auprès de l’Église qui lui reproche notamment ses relations avec l’extrême droite, sa proximité avec Bachar al-Assad, et sa gestion opaque”.

Les journalistes de Musulmans en France notent que l’Azerbaïdjan est un État laïc. “48 communautés ethniques et religieuses se côtoient et vivent ensemble en parfaite harmonie, y compris les Arméniens, dont la cathédrale trône sur la place centrale de Bakou. La ville de Krasnaya Sloboda est notamment considérée comme la seule ville entièrement juive du monde, en dehors d’Israël et des Etats Unis. Ces communautés sont libres de pratiquer leurs coutumes et sont soutenues par l’Etat. Tout le contraire d’ailleurs de l’Arménie, pays mono-ethnique et mono-religieux, qui s’est acharnée à pratiquer le nettoyage ethnique.”

“Les Azéris commencent à revendiquer ce qu’ils appellent le Zanguezour, notre région du Syunik…”, écrit Jean-Christophe Buisson. 

“Le problème, c’est que cette région a toujours été azérie. Même après les premières immigrations arméniennes, l’administration russe du Caucase notait, en 1823, qu’il y avait, au Karabakh, 20 000 familles, dont 15 729 étaient azerbaïdjanaises. Il suffit d’ailleurs d’observer la carte confessionnelle publiée en Russie au XIXe siècle, pour constater l’éparpillement de la minorité arménienne au Zanguezour, qui ne peut donc prétendre que la région est sienne”, rétorque “Musulmans en France”.

“Il y a un siècle, l’armée islamique du Caucase, unité militaire ottomane créée pour s’emparer de terres provisoirement abandonnées par la Russie après la révolution bolchévique, avait passé au fil de l’épée près de 20 000 de ses habitants”, affirme Buisson. 

Selon le journal Musulmans en France, Jean-Christophe Buisson fait ici référence à une invention récente des Arméniens. “Même l’historien arménien Serge Afanasyan n’en fait pas mention dans son ouvrage de référence “L’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie”, publié en 1981”, note le journal.

Les journalistes de Musulmans en France notent que le contrôle du Caucase a toujours été une obsession du pouvoir russe. En 1920, la première République Démocratique d’Azerbaïdjan existe depuis deux ans. Le pouvoir soviétique aimerait bien que la République Démocratique d’Azerbaïdjan intègre l’Union Soviétique, ainsi que la République d’Arménie. 

Les tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan existent depuis longtemps, notent les journalistes. L’Azerbaïdjan condamnait l’arrivée massive des Arméniens sur son territoire. La région du Karabakh, département azerbaïdjanais, était revendiquée par l’Arménie, ce qui était naturellement refusé par l’Azerbaïdjan. S’ensuit une série d’attaques meurtrières des commandos Dashnaks arméniens, et notamment une série d’agression contre les musulmans des districts de Djavanchir et de Djabraïl en décembre 1918.

Les soviétiques ont profité de la situation. Ils ont encouragé les Arméniens à prendre les armes contre la population azérie le 22 mars 1920 à Choucha. L’armée a pu réprimer le soulèvement, mais, les bolcheviques ont pu s’emparer de Bakou et signer la fin de la république d’Azerbaïdjan.

Le journal Musulmans en France fait remarquer que dans la nuit du 25 au 26 février 1992, les forces arméniennes ont pénétré dans la ville de Khodjaly, qui n’abritait aucune garnison militaire. 613 personnes ont été assassinées en pleine nuit, dont 106 femmes, 63 enfants, et 70 personnes âgées. 1275 personnes ont été enlevées, et 150 sont toujours portées disparues.

Le Rédacteur en chef adjoint du Figaro Magazine pose la question “pourquoi ne parle-t-on pas plutôt des 200 prisonniers de guerre arméniens?”.

“Tous les prisonniers de guerre arméniens ont été libérés après le cessez-le-feu. Les prisonniers actuels ne sont pas des prisonniers de guerre. Ce sont des commandos qui se sont introduits, après le cessez-le-feu, en territoire azerbaïdjanais pour continuer à placer des mines anti-personnel”, répond  le journal Musulmans en France.

“Et pourquoi ne parle-t-on pas des 3890 azerbaïdjanais, toujours portés disparus?”, demande le journal, de son côté. “A la suite du conflit, le sort de 3890 azerbaïdjanais (3171 militaires et 719 civils) est toujours inconnu. Malgré le fait que la prise d’otages soit clairement interdite par le droit international 267 civils azerbaïdjanais (dont 29 enfants, 98 femmes et 112 personnes âgées) ont été pris en otages et n’ont pas été libérés par l’Arménie”.

“ll est vraiment temps que tout cela cesse. Les gouvernements arméniens et azerbaïdjanais semblent s’accorder pour s’engager dans la voie de la réconciliation. Mais les extrémistes arméniens ne l’entendent pas de cette oreille, comme toujours. Et il est bien triste de voir certains de nos parlementaires et journalistes se tenir à leurs côtés”, concluent les auteurs de l’article.

 

Source: Musulmans en France

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