Renforcé en Arménie, Pachinian reste en position de faiblesse face à la Russie et à l’Azerbaïdjan

La journaliste Faustine Vincent analyse les raisons de la victoire de Pachinian aux législatives, dans un article publié dimanche 4 juillet dans Le Monde.

La large victoire du premier ministre aux législatives anticipées du 20 juin tient plus au rejet de l’ancien régime qu’à un soutien massif, après la défaite arménienne dans le Haut-Karabakh, note la journaliste.

Nikol Pachinian a été réélu haut la main, sept mois plus tard, aux élections législatives anticipées du dimanche 20 juin. Personne n’avait anticipé une victoire aussi large: le premier ministre arménien a obtenu près de 54 % des voix dès le premier tour.

Parmi les opposants à Nikol Pachinian, seul Robert Kotcharian, qui compte le président russe, Vladimir Poutine, parmi ses amis, faisait figure de rival sérieux. L’ex-président, au pouvoir entre 1998 et 2008, reste profondément impopulaire auprès d’une grande partie des Arméniens, qui se souviennent d’un homme corrompu et autoritaire.

Kotcharian a dénoncé des “falsifications planifiées à l’avance”. Cependant, les élections ont été qualifiées par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) de “concurrentielles et bien organisées”, et le dépouillement des bulletins “hautement transparent”.

A la surprise générale, Nikol Pachinian est arrivé en tête dans toutes les régions du pays, y compris dans le Siounik et le Guegharkounik, où les problèmes de sécurité à la frontière avec l’Azerbaïdjan laissaient pourtant penser qu’il y ferait un mauvais score.

Pachinian est critiqué pour avoir menti à son peuple pendant la guerre sur le fait que la victoire est proche. Parmi ses anciens soutiens, beaucoup ne lui pardonnent pas non plus d’avoir signé le cessez-le-feu du 9 novembre 2020, qui a scellé la défaite de l’Arménie. La haine qu’inspire Robert Kotcharian ont finalement poussé une grande partie d’entre eux à voter pour Nikol Pachinian, malgré leurs griefs à son égard.

Le premier ministre sortant a aussi profité des divisions de l’opposition. Outre Robert Kotcharian, deux autres anciens présidents, Levon Ter-Petrossian et Serge Sarkissian, se présentaient face à lui, chacun sur une liste différente. “Comme les trois anciens présidents n’ont pas réussi à s’unir ni même à coopérer, cela n’a fait que renforcer le faible attrait et le discrédit de l’opposition”, explique Richard Giragosian, directeur du centre de réflexion Regional Studies Center.

Le monde rural est resté fidèle à Pachinian. “Après des années de négligence, Pachinian est le seul à lui avoir donné du gaz, de l’eau et des routes. Cet investissement a été récompensé dans les urnes”, affirme Giragosian.

Selon Faustine Vincent, la victoire de Nikol Pachinian est considérée comme une bonne nouvelle pour la Russie et l’Azerbaïdjan. D’abord parce que c’est lui qui a signé le cessez-le-feu, et qu’un changement de tête aurait pu compromettre son application, alors que plusieurs points stratégiques restent en suspens, comme la construction de nouvelles voies de communication reliant l’enclave du Nakhitchevan à l’Azerbaïdjan. Ensuite, parce qu’ils le considèrent comme un interlocuteur faible, donc plus facilement manipulable et susceptible de servir leurs intérêts. Depuis la fin de la guerre, jamais l’Arménie n’a été aussi dépendante de la Russie, son alliée traditionnelle.

D’après Benyamin Poghosyan, président du Centre d’études stratégiques, politiques et économiques de l’Arménie, l’avenir du Haut-Karabakh “sera désormais discuté entre la Russie et l’Azerbaïdjan. L’Arménie, elle, n’aura pas son mot à dire.”

 

Source: Le Monde

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