Entre Bakou et Erevan, les risques d’une escalade

En dépit de l’avancée des négociations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les accrochages se multiplient, a fait savoir Le Monde dimanche 18 juillet.

Une recrudescence des incidents militaires à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan remet en cause la reprise des négociations entre les deux pays.

Les derniers accrochages se sont déroulés à la limite du Nakhitchevan, une exclave azerbaïdjanaise coincée entre l’Arménie et l’Iran. Vendredi, un autre accrochage a eu lieu au même endroit. Des tirs ont aussi été échangés ces derniers jours dans les environs de Choucha, au cœur du Haut-Karabakh, sous le nez des 2 000 soldats de maintien de la paix russes déployés dans la zone. Pour chaque incident, les deux camps ennemis se rejettent la responsabilité.

Le Centre turco-russe de surveillance de la paix, établi en janvier pour prévenir ce type d’incidents, n’a pas réagi.

L’accord tripartite permet des interprétations contradictoires. Selon l’article premier, les forces ennemies conservent les positions acquises au moment de la signature. Mais, l’article 4 stipule que “le contingent de maintien de la paix de la Fédération de Russie est déployé parallèlement au retrait des forces armées arméniennes”. Ce retrait n’a jamais été effectué.

Pour Elchin Amirbayov, conseiller diplomatique de la première vice-présidente d’Azerbaïdjan, les incidents “ont été créés par les militaires arméniens soit pour saper l’accord tripartite, soit à cause du désordre régnant au sein de leur commandement”.

Le conseiller, ancien ambassadeur à Paris, a déclaré que ces derniers mois il y avait “un ralentissement dans certains dossiers”, qu’il attribuait à la campagne électorale en Arménie. “Nous attendons que le nouveau gouvernement arménien soit formé pour reprendre le travail déjà commencé. Le président Aliyev s’est dit disposé à travailler en vue d’un accord bilatéral pour une paix durable, qui soit source de prospérité partagée”.

Les négociations, par l’entremise de la Russie, ont permis quelques avancées depuis juin. L’Azerbaïdjan relâche des prisonniers arméniens, en échange de cartes indiquant les zones minées par les forces arméniennes dans le Haut-Karabakh. Ces dernières ont semé des centaines de milliers de mines au cours des trois dernières décennies.

En juin, l’Arménie a donné des cartes localisant 97 000 mines, en échange de 15 prisonniers. Un second échange a eu lieu début juillet. Ces cartes sont cruciales pour Bakou, dont 16 civils ont été tués et plus de 100 blessés par des mines depuis la fin des combats. Les autorités estiment qu’il faudra plus d’une décennie pour achever le nettoyage du Haut-Karabakh. “Malheureusement, nous ne pouvons pas nous reposer à 100 % sur les cartes venant des Arméniens. La confiance mutuelle n’existe pas”, dit Elchin Amirbayov.

La confiance n’est pas non plus de mise dans les relations entre l’Azerbaïdjan et les pays occidentaux. Lorsque Bakou a organisé, vendredi 9 juillet, une visite pour les ambassadeurs à Choucha, 46 pays ont répondu présent. Mais aucun représentant des pays du groupe de Minsk (France, Etats-Unis, Russie) n’a fait le déplacement. 

L’Arménie parvient à se rapprocher de l’Union européenne (UE). Bruxelles a offert le 9 juillet à l’Arménie une aide de 2,6 milliards d’euros sur cinq ans, pour faire face aux séquelles du conflit.  C’est un milliard d’euros de plus qu’indiqué par l’UE dans sa précédente proposition. L’aide fait partie d’un paquet pour les six pays du partenariat oriental post-soviétique de l’UE, dont l’Azerbaïdjan fait aussi partie.

Bakou, qui doit reconstruire un Haut-Karabakh dévasté par trois décennies de guerre et d’abandon, ne recevra que 140 millions d’euros.

 

Source: Le Monde

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