Franco-Turcs: Ces modèles d’intégration devenus des cibles politico-médiatiques

L’article de la spécialiste de la Turquie, Öznur Küçüker Sirene, sur la communauté turque de France; a été publié sur le site officiel de l’Établissement de Radio et Télévision de Turquie (TRT) mercredi 5 mai. 

Selon l’auteur de l’article, aujourd’hui les Franco-Turcs sont sous le feu des projecteurs avec des accusations sans aucun fondement.

L’actualité de ces derniers mois est marquée par une turcophobie croissante alimentée par la diaspora arménienne qui a mal vécu la défaite dans le Haut-Karabakh et les sympathisants de l’organisation terroriste PKK: la dissolution des Loups Gris; la démission forcée du conseiller municipal d’origine turque, Yasin Yıldırım sous prétexte qu’il aurait liké un post publié à la mémoire des diplomates turcs assassinés dans les attaques de l’organisation terroriste arménienne ASALA; les polémiques interminables autour du financement de la mosquée Eyyub Sultan par la mairie de Strasbourg, qui ont conduit l’association franco-turque Millî Görüş à retirer sa demande de subvention; l’agression d’une famille franco-turque à son domicile par plusieurs dizaines de fanatiques franco-arméniens.

Les Turcs de France sont considérés par les médias français comme une communauté idéologiquement homogène, des individus lobotomisés par le pouvoir turc, qui permettraient même au président turc Recep Tayyip Erdogan de “s’ingérer dans les affaires intérieures de la France”, comme le prétendait une enquête relayée par Le Journal du Dimanche et intitulée “Comment le président turc Recep Tayyip Erdogan infiltre la France”.

D’après Öznur Küçüker Sirene, ces constats ne reflètent en aucun cas la réalité sur le terrain provoquent colère et frustration chez les Franco-Turcs. Elle a réalisé une enquête avec des membres de la communauté franco-turque pour connaître leurs opinions au sujet des attaques et du lynchage politico-médiatique qui s’intensifient vis-à-vis des Turcs de France.

“Les Franco-Turcs sont travailleurs, et ils sont parfaitement intégrés sur le plan économique et social. Ils sont impliqués dans les actions de solidarité et les initiatives locales”, dit l’ingénieur Erkan Tanrıkulu.

Selon Güler Aydın, maître de conférence à l’université, l’acharnement contre les Franco-Turcs est lié au contexte géopolitique. D’après elle, ce n’est que “prétexte et manipulation des médias à l’égard de la Turquie et du président Erdogan”.

Ekrem Albayrak, policier, insiste sur le rôle joué par les médias dans la dégradation de l’image des Franco-Turcs en France. “Il faut prendre son mal en patience, être intelligent et répondre calmement aux préjugés même si cela est pénible, injuste, difficile. Nous n’avons pas le choix, nous sommes une très belle communauté. Nous n’avons pas de délinquants, pas de casseurs, pas d’extrémistes, pas de terroristes. Nos parents ont toujours été exemplaires et ont élevé leurs enfants ainsi. Aujourd’hui même les aides humanitaires des associations franco-turques ne sont pas mises en avant, ils n’en parlent pas.”

Öznur Küçüker Sirene insiste sur la pression psychologique subie par les Franco-Turcs. Le témoignage de Selma Yıldırım en est la preuve: “Personnellement je suis une citoyenne modèle, je respecte les lois, la démocratie. Cette France j’y suis née il y un peu plus de quarante ans, je suis devenue technicienne administrative dans le secteur privé et public, je n’ai pas défaut à la République, je paie des impôts comme tout citoyen d’un pays, je ne touche pas un centime d’aide sociale. Ah oui j’aime aussi Recep Tayyip Erdoğan. Mais d’après les médias et les politiques je deviens une personne non grata – à croire que mes facultés intellectuelles n’ont pas la capacité de faire la différence entre un dictateur et un président. Je dois m’attendre à avoir des problèmes avec la justice parce que j’aime ce leader. On en est à ce point et c’est très grave comme pression psychologique”.

 

Source: Site officiel de l’Établissement de Radio et Télévision de Turquie (TRT)

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