Après la guerre au Haut-Karabakh, le sort des prisonniers arméniens en suspens

Trois détenus arméniens ont été relâchés, a fait savoir Le Monde jeudi 6 mai.

Le 14 décembre, 44 prisonniers arméniens ont été libérés et rapatriés à Erevan. Le même jour, l’Arménie a restitué à Bakou les 12 détenus azerbaïdjanais capturés pendant la guerre, conformément aux engagements du cessez-le-feu signé le 9 novembre 2020, qui scelle la défaite de l’Arménie et prévoit l’échange des prisonniers entre les deux pays, selon le principe du “tous pour tous”.

Près de six mois après la fin de la guerre au Haut-Karabakh, le sort réservé aux prisonniers de guerre et civils arméniens capturés pendant les quarante-quatre jours d’hostilités est devenu un point d’achoppement majeur dans le règlement du conflit. 

Human Rights Watch a dénoncé les “tortures” et le traitement  “inhumain”, “violent” et “humiliant” que leur ont infligé les forces azerbaïdjanaises, en violation du droit humanitaire international.

Bakou affirme s’être acquitté de ses obligations en rendant plus de 70 prisonniers aux Arméniens et refuse de libérer des dizaines d’autres. A ses yeux, ces détenus ne sont pas des prisonniers de guerre, mais des “terroristes”, venus sur son territoire deux semaines après le cessez-le-feu. “Ils ont tué quatre militaires azerbaïdjanais. Demander leur libération avant que justice ne soit rendue serait plaider pour l’impunité arménienne”, insiste Rahman Mustafayev, l’ambassadeur de l’Azerbaïdjan à Paris.

De leur côté, les autorités arméniennes dénoncent de “fausses accusations” et reprochent à Bakou de “prolonger artificiellement le processus”.

Bakou a toutefois relâché trois prisonniers le 4 mai. 

Les coprésidents du groupe de Minsk de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (Russie, France, Etats-Unis) se sont félicités de cette libération et ont appelé “les deux parties à achever pleinement et rapidement le processus d’échange de tous les prisonniers et à respecter leurs obligations de garantir un traitement humain des détenus”. 

“Nous espérons que ce processus va se poursuivre en toute logique et s’achever rapidement”, a déclaré le cabinet du premier ministre arménien, Nikol Pachinian.

“Cette question est politisée, dénonce l’avocate Siranush Sahakyan, qui représente les intérêts des prisonniers arméniens auprès de la CEDH. L’Azerbaïdjan l’utilise comme un levier pour forcer la partie arménienne à obtenir le retrait des forces armées arméniennes du Karabakh, le retour de certains territoires et l’octroi de droits concernant le Siounik”. 

Le sujet devait de nouveau être abordé lors de la visite à Erevan, les 5 et 6 mai, du ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, lequel se rendra également à Bakou les 10 et 11 mai.

 

Source: Le Monde

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