Visite du Premier ministre arménien en Russie: Il est venu chercher le soutien de Vladimir Poutine

Pour RT France, Claude Blanchemaison, expert en relations internationales, revient sur la visite que Nikol Pachinian, le Premier ministre arménien, a rendue à Vladimir Poutine, mercredi 7 avril.

“Nikol Pachinian est venu chercher un soutien de Vladimir Poutine sur deux points. D’abord, sur un point humanitaire très important pour la population arménienne et ensuite, un soutien politique en vue des élections. Alors, le soutien humanitaire est dans l’accord de cessez-le-feu du 10 novembre dernier. Il y a une clause qui prévoit bien sûr, comme généralement après un accord de cessez-le-feu, la libération de tous les prisonniers, de tous les otages, de tous les détenus. Pachinian a obtenu aujourd’hui le soutien de Poutine pour demander à Bakou que les prisonniers arméniens soient libérés. C’est un point très important pour la population arménienne. 

Deuxièmement, comme il va y avoir des élections au mois de juin, Pachinian veut montrer qu’il est en bons rapports avec Vladimir Poutine. Il est arrivé au pouvoir en 2018, il y a trois ans, à la tête d’une sorte de révolution de velours, d’une contestation du pouvoir établi avec lequel Moscou entretenait de bons rapports et par conséquent, il a soulevé des soupçons de subversion à Moscou. Cela dit, Pachinian s’est montré homme d’Etat, raisonnable, courageux même, puisqu’il a dû accepter cet accord du 10 novembre dernier. L’armée arménienne était battue, elle avait sous-estimé ses forces et gravement sous-estimé l’armée qui se battait contre elle. Finalement, Monsieur Pachinian a dû reconnaître qu’il n’avait pas de choix et il a signé cet accord avec Aliyev at Poutine.

Lorsqu’il est revenu à Erevan, il a évidemment été pris à partie par l’opposition bien sûr, mais aussi par l’armée, par l’église et par une grande partie de la population arménienne. Par conséquent, il a dû faire face et il a fait face, il a tenu bon. Pachinian a montré qu’il était un candidat comme d’autres, qu’il était probablement, acceptable, sans doute, comme d’autres par le Kremlin.   

A part le point sur la libération des prisonniers par l’Azerbaïdjan, il y a des points qui s’appliquent correctement, comme, par exemple, les clauses territoriales qui sont très précises, puisque l’accord prévoit la remise à l’Azerbaïdjan d’un certain nombre de districts qui avait été conquis par l’Arménie en 1994. Ces districts constituaient une sorte de zone tampon entre le Haut-Karabakh et l’Arménie. L’accord prévoit également que 2 000 soldats russes jouent le rôle de force de maintien de la paix. Cette force de la paix est chargée d’assurer la liberté de circulation dans le couloir de Latchine, une route qui va de l’Arménie au Haut-Karabakh. 

En revanche, l’accord prévoit la création d’un autre corridor, tout à fait dans le sud de l’Arménie, pour relier une province de l’Azerbaïdjan qui se trouve séparée de la majeure partie de son territoire. Cette route reste à tracer, à concevoir et aussi à financer. Cela n’est pas du tout fait.

Donc, il y a des points qui sont appliqués, d’autres moins, et évidemment, les trois gouvernements ont désigné trois vice-Premiers ministres pour assurer le suivi des clauses qui sont prévues dans cet accord du 10 novembre dernier.     

Il y a aussi d’autres aspects, notamment, la construction d’infrastructures dans le domaine des transports, de l’énergie et Monsieur Pachinian a mis, probablement, le président Poutine au pied du mur en lui demandant si la Russie serait en mesure de construire une centrale nucléaire pour fabriquer l’électricité puisque le pays a, évidemment, un déficit d’énergie. Je ne sais pas quelle réponse il a obtenu, mais, en effet, ce sont dans ces domaines clés que l’Arménie voudrait avoir aussi une coopération avec la Russie. 

L’Arménie a deux types de coopération multilatérale dans lesquels la Russie joue un rôle clé: dans le domaine de la sécurité – c’est l’organisation du traité sur la sécurité et la coopération qui date d’il y a une vingtaine d’années et qui prévoit une clause d’assistance mutuelle au cas où l’un des pays est attaqué. En deuxième lieu, l’Arménie fait partie de l’union économique eurasiatique qui a été créée il y a quelques années par Vladimir Poutine. Il a prévu d’organiser une zone d’union douanière, cela veut dire une intégration économique quand même assez poussée et l’Arménie, qui est un pays assez pauvre, risque d’avoir des difficultés à respecter les clauses de cette union douanière. Mais, en tout état de cause, elle joue le rôle d’un partenaire de la Russie.”

Visite du Premier ministre arménien en Russie :«Il est venu chercher le soutien de Vladimir Poutine»

 

Source: Chaîne Youtube de RT France

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