Turquie: qu’y a-t-il derrière le changement d’attitude d’Erdogan?

Lors d’un entretien avec Emmanuel Macron mardi 2 mars, Erdogan a insisté sur sa volonté de coopérer avec la France contre le terrorisme et pour la stabilité au Proche-Orient, soulignant que l’amitié franco-turque avait déjà surmonté nombre d’obstacles au fil de son histoire, rapporte L’Express.

Selon Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), et spécialiste de la Turquie, “Erdogan est très inquiet par l’arrivée au pouvoir de Joe Biden aux États-Unis. Lors du mandat de Donald Trump, il a bénéficié de la mansuétude de Washington. Mais cette période est révolue. Erdogan comprend qu’il devient urgent de résorber les tensions avec les Européens, afin de ne pas se retrouver isolé”.

En réaction à la livraison en 2019 à la Turquie de la première batterie du système de défense antiaérienne russe S-400, les États-Unis ont exclu Ankara du programme de fabrication de l’avion furtif F-35 et interdit en décembre dernier l’attribution de tout permis d’exportation d’armes au SSB, agence gouvernementale turque chargée des achats d’équipements militaires. 

Il y a également des problèmes sur la scène intérieure de la Turquie. Selon une étude Metropoll publiée fin décembre, le soutien accordé à son parti, l’AKP, est tombé à 30,6% dans la population, contre 42,5% lors des dernières législatives de 2018.

S’ajoutent à cela les manifestations persistantes de la jeunesse à l’Université du Bosphore. En cause, la nomination par Erdogan de Melih Bulu, l’un de ses proches, au poste de recteur de l’institution.

Le président turc a annoncé mardi un “plan d’action” pour élargir les droits de l’homme en Turquie. “Personne ne devrait être privé de sa liberté pour ses opinions”, a insisté le chef d’État.

D’après Didier Billion, “les annonces en faveur des droits de l’homme ne sont que de la poudre aux yeux, et personne ne croit que la situation évoluera vraiment dans ce domaine. En réalité, la stratégie d’Erdogan consiste simplement à faire croire à une partie de son électorat, qui est en train de le quitter, que la Turquie va poursuivre son processus de démocratisation”.

 

Source: L’Express

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