Triple assassinat des Kurdes à Paris : l’étau se resserre autour des services secrets turcs

Le 9 janvier 2013, trois militantes kurdes sont abattues en plein Paris. L’enquête met au jour les liens entre le principal suspect et le MIT, les services secrets turcs. Des récents éléments issus d’une enquête menée en Belgique viennent confirmer cette piste, a fait savoir Marianne dimanche 28 mars.

Sakine Cansiz – une des fondatrices du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan), Fidan Dogan et Leyla Saylemez ont été exécutées à Paris il y a maintenant huit ans par Ömer Güney, un trentenaire de nationalité turc. Arrivé dans la région parisienne en 2011, ce jeune homme turc était devenu au fil du temps l’homme à tout faire des dirigeants du PKK en France.

Le 20 janvier 2013, la Préfecture de police de Paris reçoit un mail anonyme qui affirme que “le meurtrier est Ömer Güney qui vit en France. Il travaille pour le service des renseignements turcs, le MIT”.

La journaliste Laure Marchand raconte que “celui qui l’a rédigé est bien informé. Ömer Güney s’est bien rendu en Turquie entre le 18 et le 20 décembre 2012.”

Ömer Güney meurt en prison à la fin de l’année 2016 d’une tumeur au cerveau.

Dans son édition du 14 mars dernier, le JDD a publié des extraits d’un document de la justice belge qui pointe les liens entre Ismail Hakki Musa, ancien ambassadeur de Turquie en France, et une équipe clandestine suspectée de préparer un “attentat potentiellement imminent contre des politiciens kurdes de premier plan en Belgique”.

“C’est un dossier explosif pour le pouvoir turc, dit Antoine Comte, l’avocat des familles des militantes assassinées. Nous avons affaire à l’activité illégale des services secrets turcs dans toute l’Europe !”

Un enregistrement audio de neuf minutes a été publié sur Internet début 2014. Sur cette bande, trois hommes évoquent la préparation de plusieurs assassinats de hauts responsables du PKK installés en Europe. L’un d’entre eux reçoit visiblement des instructions. La police scientifique de Lyon, chargée de l’identification vocale, conclut que l’une des voix, celle de l’homme à qui l’on délivre des directives, “a une très forte similitude”, avec la voix d’Ömer Güney.

Deux jours plus tard, une note d’information qui semblerait venir du MIT est publiée sur le Web. Elle a également été envoyée à plusieurs médias turcs. Ce document évoque la présence d’une “source” infiltrée dans les rangs kurdes en région parisienne. “Il lui a été ordonné de préparer contre les personnes de l’organisation préalablement déterminées et ciblées en Europe toute activité d’attaque/de sabotage/d’attentat”, peut-on lire. L’une des cibles mentionnées n’est autre que Sakine Cansiz, l’une des trois victimes de la tuerie de janvier 2013.

En 2017, deux agents d’Ankara en mission dans le nord de l’Irak sont capturés par le PKK. Erhan Pekçetin, cadre du MIT,  révèle au sujet de l’enregistrement audio de neuf minutes publié sur internet en 2014 “j’ai compris que l’assassinat avait été planifié et exécuté par Ugur Kaan Ayik, notre chef du département des activités séparatistes”.

Un second officier des services secrets turcs, lui aussi capturé lors de l’opération dans le nord irakien, authentifie la note en précisant même les postes et les pedigrees des différents signataires.

Quant aux informations de la procédure belge dévoilées par le JDD, elles viennent s’ajouter à un tableau judiciaire déjà bien esquissé. Surtout lorsqu’on s’attarde sur la personnalité de l’ex ambassadeur de Turquie en France, Ismail Hakki Musa. 

Ismail Hakki Musa confiait qu’il faisait partie des cibles lors de la tentative de coup militaire contre Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016, tentative qui avait vu notamment les bâtiments du MIT attaqués à l’aide d’hélicoptères et de mitrailleuses lourdes.

 

Source: Marianne

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