La communauté turque de France est-elle communautariste?

Depuis quelques années, la communauté turque de France est accusée de communautarisme de la part des médias mais aussi des politiques, rapporte Medyaturk mercredi 3 mars.

Depuis quelques années, au vu du nombre d’articles, de reportages, des programmes télévisés et des interventions politiques, les turcs sont devenus la communauté à détester.

Samedi, 27 février, le journal Le Figaro publiait une série d’articles à charge contre les turcs de France. “Pour les jeunes franco-turcs, la tentation Erdogan – Enquête” ou encore “À Flers, le nationalisme turc à la sauce normande – Reportage” pouvait-on lire par exemple.

Cette turcophobie s’est transformée au fil du temps en une haine irrationnelle. Pourtant, cela n’était pas toujours ainsi. Par exemple, en 2008 pour gagner contre la gauche, la candidate de l’UMP à Strasbourg, Fabienne Keller n’avait pas hésité à “convoquer” les associations turques pour leur promettre monts et merveilles comme d’autres cadres de l’UMP dans d’autres villes.

A cette époque, ces responsables politiques voulaient récupérer les voix des franco-turcs qui votaient majoritairement à gauche.

Les premiers turcs de France sont arrivés dans les années 70 en tant que travailleurs légaux bon marché afin d’aider la France à se développer. Au fil du temps, ils se sont installés définitivement. Ils ont construit des mosquées, créé des entreprises. Cette communauté turque de France ne pose pratiquement jamais de problèmes.

Il y’a eu beaucoup moins de condamnation de turcs que de membres du PKK qui rackettent les kurdes ou qui organisent le trafic de drogue en Europe pour financer son terrorisme.

Pour les médias français, les turcs sont devenus obsédés par les kurdes à cause d’Erdogan. Pourtant, même en France, cette organisation représente le terrorisme. Les médias et les politiques français accusent les turcs d’être hostiles à une organisation terroriste.

Par ailleurs, la question arménienne revient souvent sur la table. Les médias font croire que la communauté turque de France a forgé son opinion après l’arrivée d’Erdogan sur la question arménienne. Or, un Président ne pourrait pas faire changer d’avis à tout un peuple. La Turquie n’a jamais nié la tragédie turco-arménienne mais les turcs subi des atrocités de la part des milices arméniennes. Il faut rappeler que 1915 c’est en pleine guerre mondiale et que les arméniens de l’Empire Ottoman n’étaient pas du côté Ottoman. Aujourd’hui, ceux qui accusent les turcs de regarder des chaînes turques soutenaient les arméniens de l’époque à se révolter contre leur pays. Ce paradoxe n’est pas le seul chez les français.

Les turcs de France sont souvent accusés de communautarisme. Ainsi, par exemple, le fait d’apprendre le turc ou l’histoire de la Turquie sont des délits impardonnables aux yeux de certains.

Pourtant, toutes les accusations portées à l’encontre des turcs sont pratiquées beaucoup plus largement par les français à l’étranger et notamment ceux de Turquie.

A titre d’exemple, la France ne veut pas/plus d’enseignants non-francophones dans les écoles françaises, et ce même pour enseigner les bases de la langue turque. Par conséquent la suppression des cours de turc en France n’est qu’une question de temps. Néanmoins, cela ne dérange aucun français que des enseignants francophones qui sont en Turquie depuis plus de 10 ans savent à peine dire “bonjour”.

En Turquie, outre les écoles privées, deux écoles rattachées directement à la République Française avec le programme scolaire français fonctionnent depuis des années. Pourtant en France, il n’existe aucune école rattachée directement à l’État turc et surtout avec le programme scolaire turc. Alors que la France refuse que les élèves d’origine turque apprennent leur histoire, la France enseigne aux élèves français de Turquie l’Histoire de la France.

Ainsi, les élèves ont droit à des cours sur le prétendu génocide arménien. Or, si en France une école privée turque enseigne “le massacre des algériens par la France”,  aussitôt, l’école sera accusée de séparatisme et une fermeture administrative sera prononcée pour un extincteur mal positionné. 

Un autre exemple frappant est l’application de la laïcité stricte. En Turquie il est désormais interdit de discriminer qui que ce soit dans les écoles pour les signes religieux. Pourtant l’école française refuse, qui plus est dans un pays musulman, le voile aux filles mais aussi au personnel éducatif ainsi qu’aux femmes de ménage. 

Récemment les élèves de Pierre Loti, appartenant à la France, ont reçu un cours qui insulte ouvertement les valeurs de la majorité des turcs. Comme on pouvait s’y attendre, les turcs à majorité musulmane sont présentés comme des oppresseurs, qui obligent les femmes à porter le voile et les jeunes sont sous pression des grands. Tous les stéréotypes sont inclus dans ce cours qui attise la haine envers les citoyens musulmans et donc les turcs.

Malgré tout, en France la communauté turque reste une communauté bien docile, bien intégrée. Il faut rappeler que les deux pays ont été alliés depuis plus de 500 ans. 

Quand un président de la République promet de chasser le communautarisme montrant du doigt expressément la communauté turque, il est naturel que les turcs de France se sentent stigmatisés pour des enjeux politiques.

 

Source: Medyaturk (média turc centré sur la Turquie et la France)

Print Friendly, PDF & Email