Dans le Haut-Karabakh, la vie reprend de guerre lasse

Morgane Bona, envoyée spéciale de Libération à Stepanakert a réalisé un reportage au Haut-Karabakh.

La journaliste rapporte que la région se reconstruit lentement avec le soutien de la Russie.

Les 1 960 soldats envoyés par Moscou au Haut-Karabakh sont chargés de veiller au respect du cessez-le-feu signé dans la nuit du 9 novembre, qui a mis fin à la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Leur présence rassure les habitants revenus dans la région.

Selon l’un des habitants de Stepanakert, Eduard Danielyan “la présence russe est inévitable pour le moment. Ça donne aux arméniens un sentiment de sécurité mais on ne peut pas dire que c’est garanti à 100 %.”

Mais Shahverdyan, 18 ans, qui considérait les Russes comme des sauveurs, n’a plus confiance en eux. “Si l’Azerbaïdjan veut une nouvelle guerre, ils ne l’empêcheront pas.”

L’attitude neutre de Moscou pendant le dernier conflit nourrit l’incertitude de la population. 

La journaliste a rencontré des réfugiés arméniens. Inna Grigoryan, son époux Ludvig Asryan et leurs sept enfants ont perdu leurs deux appartements à Choucha. Cette ville est passée officiellement sous contrôle azerbaïdjanais le 10 novembre. Ils vivent désormais dans une chambre encombrée de colis alimentaires de la Croix-Rouge, de matelas et de couvertures polaires bariolées. La famille s’est inscrite sur une liste de demandes de relogement établie par les autorités. Comme la plupart de leurs voisins, ils espèrent obtenir l’un des 500 appartements actuellement en construction à Stepanakert.

Pour cette mère de famille, vivre hors du Haut-Karabakh aurait été un déshonneur: “Nous voulons vivre ici parce que c’est chez nous. Nos objectifs sont de trouver un toit à Stepanakert, car nos enfants y sont bien intégrés, et de retrouver du travail. J’avais deux emplois avant. Maintenant, seul mon mari travaille.”

Le gouvernement de l’Etat autoproclamé a lancé, mi-février, les chantiers de deux nouveaux villages dans la région d’Askeran où les autorités arméniennes prévoient d’installer 200 familles fin 2021. Moscou paiera la moitié de la facture.

“Le budget de la république d’Artsakh est très limité, donc elle ne peut évidemment pas financer seule ces villages, alors, l’Arménie, le Fonds pan-arménien et l’Etat russe nous aident”, justifie Lusine Avanesyan, porte-parole de la présidence du Haut-Karabakh.

La journaliste indique que “la Russie ne se contente pas d’assurer le maintien de la paix, elle diversifie ses missions. Pendant que les soldats s’attellent au déminage de la région ou à la distribution de kits scolaires, des équipes médicales rendent visite aux habitants. Bientôt, les civils pourront même être examinés dans l’hôpital de la nouvelle base russe, installée à l’aéroport de Stepanakert.”

 

Source: Libération

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