Arménie: ce qu’il y a derrière la crise politique

Le Premier ministre Nikol Pachinian se dit prêt à des élections législatives anticipées, a fait savoir RFI mercredi 3 mars. L’opposition exige sa démission. Tout cela sur fond de désaccords entre le président et le Premier ministre. Nikol Pachinian désigné comme responsable d’un cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh, synonyme de défaite pour l’Arménie après six semaines de conflit. 

L’invitée de RFI Taline Ter Minassian, professeure d’Histoire contemporaine de la Russie et du Caucase à l’Institut national des langues et Civilisations Orientales (Inalco), directrice de l’Observatoire des États post-soviétiques, explique la situation.

“L’Arménie est dotée d’un système constitutionnel parlementaire. Pour organiser des élections anticipées, il faut que le Premier ministre donne sa démission et que le parlement soit en mesure de proposer un remplaçant. Pachinian exige pour la tenue de ces élections anticipées que l’opposition ne présente pas de contre-candidats dans l’intervalle prévu par la Constitution. 

Le président dans ce système parlementaire n’a pas de grand pouvoir. Mais récemment, il y a eu un épisode qui a déclenché la crise institutionnelle. Le chef de l’état-major de l’armée arménien a déclaré qu’il rejoignait le camp de ceux qui demandent la démission du Premier ministre. Cette déclaration a été interprétée comme une tentative de coup d’Etat. Mais les militaires n’étaient pas du tout en train de faire le coup d’État. Ils exprimaient simplement la nécessité de cette démission, ce qui a déclenché une mesure de rétorsion qui est le limogeage de chef d’état-major, acte officiel que le président a refusé de signer. Ce qui a déclenché un conflit entre le Premier ministre et le président.

La question de l’affrontement entre le Premier ministre et le président pourrait expliquer les récentes déclarations de Nikol Pachinian sur la place de la République le 1er mars. Il a déclaré non seulement vouloir des élections anticipées mais surtout de nouveaux amendements constitutionnels visant à rétablir un régime semi-présidentialiste. Pachinian espère tirer de tels amendements son avantage et devenir président.

L’une des raisons pour lesquelles le chef de l’état-major militaire est remonté contre Pachinian, c’est qu’il dit avoir averti le Premier ministre dès le premier jour de la guerre, que l’on était mal parti, que cette guerre ne serait pas gagnée, que l’Azerbaïdjan était surarmé. Il y a eu une impréparation, un manque de conduite politique, une conduite irresponsable qui a conduit à une guerre meurtrière qui a fait au moins 5000 morts du côté arménien pour rien, pour un défaite. C’est quelque chose que les gens ne peuvent pas accepter.”

 

Source: RFI

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