Turquie. Erdogan a entrepris la désoccidentalisation du pays

La colère étudiante ne faiblit pas en Turquie, un mois après que le président Recep Tayyip Erdogan a nommé un membre de son parti à la tête de la prestigieuse université Bogaziçi d’Istanbul. Étudiants et enseignants exigent la démission de Melih Bulu, rapporte Ouest-France samedi 6 février.

Le politiste et chroniqueur Cengiz Aktar discute avec l’Ouest-France de la situation en Turquie.

Aktar note que Recep Tayyip Erdogan a changé la procédure de nomination des recteurs d’université. Auparavant, les recteurs étaient élus par le corps académique et leur nomination avalisée par la présidence de la République. En nommant un proche du régime à la tête d’une institution phare de l’académie, Erdogan rappelle qu’il est l’unique décideur du pays. Bogaziçi est une institution emblématique de la Turquie occidentalisée, mais elle est fréquentée par tout le monde: l’un de ses diplômés est Ahmet Davutoglu, l’ancien ministre des Affaires étrangères puis Premier ministre d’Erdogan.

Selon Cengiz Aktar, “la politique étrangère, les aventures militaires en Syrie, en Irak ou en Azerbaïdjan sont décidées par un petit comité de treize conseillers du palais présidentiel, qui n’ont pas les compétences et commettent erreur sur erreur. Ils veulent créer leur propre système, imposer leurs propres élites, créer des citoyens obéissants et pieux. Dans l’enseignement secondaire, la philo a cédé la place à des cours promouvant les théories créationnistes. La Diyanet (direction des affaires religieuses), une institution dépendant du gouvernement qui servait autrefois à contrôler la religion, est devenue une machine à produire fatwa sur fatwa. Ils vont détruire une Turquie dont l’occidentalisation à marche forcée avait abouti à un pays qui fonctionnait tant bien que mal.”

D’après le politologue, l’opposition ne peut remporter les élections que lorsque le parti kurde ne présente pas de candidat. Il n’y aura pas d’alternative au régime tant qu’il n’y aura pas d’accord de l’opposition sur une solution de la question kurde. 

Cengiz Aktar souligne que depuis le coup d’État en 2013, qui avait fait trembler le régime, il y aurait eu environ deux millions de Turcs qui ont quitté le pays, souvent des personnes hautement qualifiées.

D’après le politologue, l’une des raisons de l’énergie de la société civile entre 2000 et 2013 était la dynamique européenne… Or la Turquie a raté sa candidature à l’UE. Les négociations d’adhésion ont débuté en 2005, mais Nicolas Sarkozy et les démocrates-chrétiens allemands ont tout fait pour qu’elles échouent. “Quand Erdogan affirme que l’adhésion reste un objectif national, et quand à Bruxelles, Rome ou Berlin on dit détecter des signaux positifs à Ankara, c’est une mascarade.”

 

Source: Ouest-France

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