Minassian, le retour du front d’un “héros” arménien

Gilbert Minassian, figure emblématique de la communauté arménienne, est reparti de Marseille se battre au Haut-Karabakh à 64 ans. Il parle de son expérience militaire au Karabakh dans un article publié samedi 13 février dans La Provence.

“Nous étions face à une technologie militaire hypermoderne, face à des drones fournis à l’ennemi par les Israéliens, qui veulent garder un pied dans le Caucase, dans la perspective de futurs conflits avec l’Iran. Et par les Turcs, alliés des Azéris… Nous avons vu le visage de ce que seront les conflits du futur”, raconte-il.

Au début des années 80, Gilbert Minassian était un membre de l’organisation terroriste ASALA (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie). Il a été accusé d’un braquage aux Pennes-Mirabeau, qu’il nie obstinément avoir commis. “Je suis un militant, pas un braqueur”, dit-il. Deux ans plus tard, les tribunaux le condamnaient pourtant par contumace à la perpétuité. Il avait déjà trouvé refuge à Erevan, la terre de ses ancêtres.

Il avait participé à la première guerre du Haut-Karabakh allant jusqu’à s’emparer le 1er avril 1993 de la ville azérie de Kelbadjar.

En juillet 2013, grâce à un arrêt favorable de la cour de cassation, il revient en France où il ouvre un restaurant au nom évocateur “Monte-Cristo”.

En mois de novembre 2020, Gilbert Minassian, ou “Minus”, ou “Levon”, ou “Hovsep Hovsepian”, selon les époques, avait été tiré de sa paisible vie marseillaise pour rejoindre avec douze autres volontaires de la diaspora le théâtre des opérations au Haut-Karabakh.

“Alors que nous étions 300 à défendre la capitale de l’Artsakh et que nous allions être submergés par des milliers d’ennemis, il y a eu un miracle. Le couvre-feu sifflé par l’arbitre russe nous a permis de sauver nos vies et de garder ce qui nous reste de territoire, mais sans rien résoudre”, raconte-il.

Il ne cache pas être “très amer” de la façon dont s’est terminée cette guerre. “En 45 jours, elle nous a coûté plus cher en vies humaines et en territoire que dans celle qui a duré quatre ans”.

Gilbert Minassian trouve la position de la France “douloureuse”: “Ils ont envoyé de l’aide humanitaire, j’aurais préféré qu’ils envoient des rafales”.

En lisant la presse, “Minus” a appris qu’il avait été nommément visé par les Azéris réclamant devant le Parquet national antiterroriste de Paris des poursuites contre les Français qui ont participé au conflit. “C’est un honneur qu’ils me citent, une reconnaissance de mon engagement, mais c’est ridicule”, rétorque-t-il. “Les mercenaires français, ça n’existe pas. Personne ne nous a payés, on a mis de notre poche pour partir sur un vol régulier d’Air France, aidés par nos amis et nos familles.”

Minassian raconte que l’on lui demande parfois les raisons pour lesquelles il va se battre pour l’Arménie alors qu’il est né en France. Il répond: “Ce que je dois de ma culture, c’est la France. Ce que je dois de mes racines, c’est l’Arménie. Mais si on se glisse dans la logique de l’oubli, qui vous garantit que demain je n’oublie pas que je suis Français?”

En savoir plus dans les articles: “Un terroriste arménien de France participe aux hostilités à Choucha” et “Gilbert Minassian: un criminel dangereux recherché en France ou un héros national de l’Arménie?

photo: capture d’écran de la vidéo sur Youtube “Gilbert Levon Minassian”

 

Source: La Provence

 

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