En Turquie, la colère d’une jeunesse qui n’a rien connu d’autre qu’Erdogan

La contestation, partie d’Istanbul, est portée par une jeunesse qui ne voit plus ce que le parti au pouvoir peut lui offrir, analyse Marie Jégo, correspondante du Monde à Istanbul. 

La contestation des étudiants ne faiblit pas en Turquie. Parti de l’université du Bosphore, à Istanbul, le mouvement a gagné Ankara, Izmir et Adana. Plus de 600 personnes ont été arrêtées à travers le pays depuis le 4 janvier, jour où les protestations ont commencé.

La nomination d’un nouveau recteur à Bogazici, Melih Bulu, par le président Recep Tayyip Erdogan, a mis le feu aux poudres. Les protestataires réclament sa démission. Le droit de chaque université à élire son recteur est mis en avant.

Depuis le coup d’Etat raté du 15 juillet 2016, le processus de sélection des recteurs, qui s’était à peu près toujours fait en cooptation avec les conseils d’université, a été aboli. Désormais, les nominations sont du ressort exclusif du président Erdogan, qui a nommé 27 recteurs au cours de l’année 2020 et 12 pour les deux premiers mois de 2021.

Alp, 21 ans, qui a participé aux manifs sur le campus de Bogazici, où il fait ses études, affirme que les étudiants ne veulent que des élections démocratiques à l’université.

Ada, 20 ans, étudiante à l’université Galatasaray, à Istanbul, a suivi de près les manifestations à Bogazici. “La plupart des jeunes autour de moi sont insatisfaits. Ils ne voient pas leur avenir en Turquie, car la situation économique est mauvaise. Il n’y a pas de perspective de carrière, pas de liberté non plus”, raconte-t-elle. 

Selon une enquête, réalisée en septembre 2020 par le centre d’études de l’opinion publique Avrasya, sur un échantillon de 8 000 personnes, 76 % des jeunes interrogés disent souhaiter quitter le pays. 

Ada et Alp, eux non plus, ne voient pas leur avenir en Turquie.

“La génération Z ne sait pas dans quel état se trouvaient nos patients dans nos hôpitaux publics lorsque l’opposition était aux commandes, a déclaré Erdogan devant les militants de son parti. A nos jeunes qui n’ont pas vécu dans l’ancienne Turquie, nous avons du mal à dire l’importance de nos réalisations.”

Selon la journaliste, la contestation des étudiants met à mal les espoirs d’Erdogan de réélection.

 

Source: Le Monde

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