Après avoir acheté une pierre sculptée sur un marché, un documentariste français incarcéré cinquante jours en Turquie

À l’automne 2020, Joël Soler, réalisateur de films documentaires, a été emprisonné dans l’établissement de haute sécurité de Maltepe, à Istanbul, après avoir acheté une pierre sculptée sur un marché, a fait savoir Le Monde lundi 8 février.

Le 1er octobre, alors qu’il est sur le départ à l’aéroport Sabiha-Gökçen d’Istanbul, la police le retient, l’interrogeant sur la présence de cette pierre dans sa valise. Des vérifications sont faites auprès d’experts pour savoir si l’objet n’est pas “un bien culturel protégé”.

Au bout de deux heures, les policiers lui disent qu’il peut partir – il n’y a pas d’infraction. Il veut laisser la pierre au commissariat de l’aéroport, mais les policiers l’en dissuadent, lui disant que “tout est en règle”.

Joël Soler les croit. Comme il a raté son vol, il achète un nouveau billet pour la France, via Londres. Mais une fois dans l’avion, une hôtesse lui demande de rassembler ses affaires et de sortir, car des policiers veulent l’interroger. 

Son téléphone portable est saisi, ses photos, ses emails, ses documents de travail, ses contacts en Turquie sont scrutés. Le lendemain matin, il comparaît devant un juge qui lui notifie son incarcération à la prison de haute sécurité à Istanbul. Quelques heures plus tard, les portes de la prison se referment sur lui. “J’étais abasourdi, je n’y comprenais rien. Qu’avais-je fait de si grave?”

Finalement, Joël Soler est libéré sous caution le 19 novembre 2020, avec interdiction de quitter le territoire turc dans l’attente de son procès… pour la pierre. L’expertise archéologique mandatée par le procureur au sujet de cette pierre est floue, évoquant une origine “sans doute byzantine”.

Lors de sa comparution au tribunal le 28 janvier, il apprend que l’amende qui lui a été précédemment infligée à cause de la pierre, soit l’équivalent de 5 000 euros, a été annulée. En revanche le juge lui signifie sa condamnation à deux ans et un mois de prison avec sursis pour “tentative d’exportation d’un bien archéologique”.

Laissé libre dans l’attente de son procès en appel, Joël est depuis rentré en France, puis en Espagne, où il réside. 

Les touristes doivent savoir que la possession de la moindre pierre, du moindre fossile, d’un morceau d’amphore, peut leur valoir, au mieux une amende, au pire un séjour dans un cul de basse-fosse, pour “trafic d’antiquités”.

 

Source: Le Monde

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