La France a besoin de la Turquie pour rester une puissance mondiale

Öznur Küçüker Sirene, présidente chez Red’Action Media et spécialiste de la Turquie analyse les relations entre la France et la Turquie dans un article publié sur TRT.

La France et la Turquie ont vécu de vives tensions tout au long de l’année 2020 en raison de divergences d’intérêts dans différentes régions du monde, telles que la Syrie, la Méditerranée orientale, la Libye ou encore dans le Haut-Karabakh. 

En 2021, la Turquie a déjà fait le pas pour “normaliser” ses relations avec les pays avec lesquels elle a vécu des périodes de crises y compris la France. C’est dans cet élan constructif que le président turc Recep Tayyip Erdoğan et son homologue français Emmanuel Macron se sont récemment écrit afin de reprendre le dialogue et surmonter les vives tensions entre les deux pays.

Selon l’auteur de l’article, la France pourrait gagner beaucoup plus d’influence dans le monde en coopérant avec Ankara dans les régions où elle suit actuellement une politique différente.

En Syrie, sa collaboration avec les YPG, branche syrienne du groupe terroriste PKK, ne lui a apporté rien de bénéfique dans sa lutte contre Daech. Le retrait américain de Syrie a obligé la France à replier ses forces spéciales présentes dans le nord-est syrien pour lutter contre le terrorisme. Or si elle renforçait ses liens avec la Turquie qui a effectué avec succès plusieurs opérations militaires en Syrie et en Irak, elle pourrait être beaucoup plus efficace dans sa lutte antiterroriste. D’ailleurs, dans le cadre d’une forte coopération policière, la Turquie a déjà arrêté plusieurs individus recherchés par Paris et les a remis à la France, ce qui a permis d’éviter d’éventuels attentats sur le sol français.

En Méditerranée orientale, la France devrait miser sur la médiation ainsi que le dialogue entre la Turquie et la Grèce / Chypre. Si la France veut bénéficier de l’exploitation des ressources de cette région, elle devrait inévitablement collaborer avec la Turquie, ayant le plus long littoral en Méditerranée orientale.

Dans le Caucase aussi, si la France optait pour une politique d’apaisement et de réconciliation entre la Turquie et l’Arménie, elle pourrait considérablement contribuer à la paix régionale (entre la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan). Il est évident que le militantisme du lobby arménien présent en France empoisonne les relations franco-turques. La France devrait trouver les moyens de transformer cet obstacle en un atout pour développer la paix dans le monde.

En Libye et dans l’ensemble du continent africain, la France devrait cesser de considérer la Turquie comme sa rivale. Une forte coopération franco-turque sur le continent africain pourrait permettre de trouver une issue politique au conflit libyen et à l’instabilité régionale.

Un rapprochement avec la Turquie aurait de nombreux avantages économiques, militaires et sécuritaires. L’augmentation des échanges commerciaux entre les deux pays s’avère cruciale dans la période post-pandémique pour éviter des crises économiques.

De la même manière, si la France veut obtenir le leadership de l’Union européenne voire créer “une armée européenne” comme proposé par le président français Macron, elle devrait se rapprocher davantage de la Turquie possédant la deuxième armée en termes d’effectifs de l’OTAN après l’armée américaine. 

Dans un contexte où la France est accusée de mener une politique islamophobe, la bonne entente avec un pays à majorité musulmane prouverait aussi que la France n’a pas de problème avec “l’Islam” et les Musulmans mais bien avec le radicalisme.

Enfin, ce qui nuit réellement à l’amitié franco-turque est certainement le poids des médias idéologisés qui attisent la haine de la Turquie en France. La désinformation qui règne dans le champ médiatique est un blocage important dans le développement des relations franco-turques. 

 

Source: TRT Français (site internet officiel de l’Établissement de la Radio et Télévision de Turquie)

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