Jean-François Colosimo: “Erdogan a profité de la pandémie pour avancer ses pions”

L’historien, théologien et éditeur Jean-François Colosimo a accordé l’entretien à L’Express lundi 25 janvier.

Jusqu’où ira la Turquie? C’est la question que pose Jean-François Colosimo dans son dernier essai “Le Sabre et le Turban” alors qu’Ankara étend sa zone d’influence du Moyen-Orient à la Méditerranée en passant par le Caucase. 

D’après Jean-François Colosimo, le président Erdogan a profité de la crise pandémique pour avancer ses pions en Syrie, en Irak, en Libye et au Caucase.

Selon l’auteur, aujourd’hui, deux événements obligent Erdogan à un repli tactique: le règlement du conflit du Haut-Karabakh revient à Vladimir Poutine et l’élection de Joe Biden marque le retour d’une Amérique interventionniste. Ces circonstances contraires le forcent à apaiser au moins un des fronts qu’il a ouverts et à s’en retourner vers l’Europe.   

Colosimo compare Mustafa Kemal et Recep Tayyip Erdogan. “Dès Kemal, les Kurdes et les Alévis sont persécutés. Ils le demeurent sous Erdogan. Sur un siècle, rien n’a été réglé. Atatürk veut instaurer une nation neuve qui rivalisera avec l’Europe en l’imitant. Il emprunte à la France la notion de laïcité, mais elle signifie pour lui que l’appareil étatique doit absorber la confession majoritaire aux dépens de toutes les autres afin d’instaurer un culte unique, à la fois patriotique et pieux. Kemal nationalise l’islam là où Erdogan islamise la nation.”

Selon l’historien, après l’indépendance, l’État “républicain” continuera à opprimer les communautés “étrangères” car non-musulmanes. Mais il en fera de même avec les communautés musulmanes “inassimilables”: les Kurdes parce que non-Turcs, les Alévis parce que non-sunnites. Ces deux communautés, invisibles, représentent pourtant aujourd’hui un quart de la population vivant en Turquie. 

La reconversion de Sainte-Sophie en mosquée signe pour Jean-François Colosimo l’aboutissement du processus de restauration de la force turque. 

L’écrivain note que “l’échec économique vient redoubler la répression politique en Turquie. Des résistances se lèvent, mais les intellectuels, les artistes, les journalistes sont soit en prison soit en exil.”

 

Source: L’Express

Print Friendly, PDF & Email