La Turquie ne croit pas à de possibles sanctions européennes

La journaliste Céline Pierre-Magnani analyse le rôle de la Turquie sur le plan international dans un article publié dans le journal La Croix, dimanche 6 décembre. 

Selon Céline Pierre-Magnani, bien que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait déclaré samedi 21 novembre, lors d’un congrès de son parti l’AKP (Parti de la justice et du développement) que c’est avec l’Europe que la Turquie envisage l’avenir, ce n’est pas suffisant pour une une réconciliation.

“Le 2 décembre, la réunion virtuelle des ministres des affaires étrangères de l’Otan a donné lieu à une série de critiques très directes envers la Turquie.” Il est question entre les Etats-Unis et les Européens de sanctions économiques sectorielles qui pourraient être confirmées lors de leur prochain sommet, jeudi 10 et vendredi 11 décembre. “Si Ankara poursuit ses actions illégales, nous utiliserons tous les instruments à notre disposition”, a déjà prévenu en octobre Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.

Le désaccord sur le partage des eaux territoriales avec la Grèce et l’île de Chypre, la violation de l’embargo sur les ventes d’armes à la Libye, l’intervention au Haut-Karabakh ont particulièrement irrité les pays de l’UE, Nicosie, Athènes et Paris en tête.

La journaliste fait remarquer qu’après des appels au boycott de produits français lancés fin octobre mais peu suivis, les relations entre Paris et Ankara ont connu une légère accalmie. Mais vendredi 4 décembre, le président Recep Tayyip Erdogan a repris ses attaques personnelles contre son homologue français. “Macron est un problème pour la France. J’espère que la France va se débarrasser du problème Macron le plus tôt possible”, a-t-il affirmé à des journalistes à Istanbul après avoir participé à la prière du vendredi.

“Force est de constater que les liens de la Turquie avec ses alliés occidentaux, les États-Unis ou l’UE, sont de plus en plus fragilisés”, constate Sinan Ülgen, analyste du think tank Edam et spécialiste de la politique étrangère turque. “Pour autant, la menace de suspension de l’union douanière, qu’a récemment lancée Jean-Yves Le Drian, n’est pas prise au sérieux en Turquie. L’UE essaie de faire pression avec des menaces mais c’est un mauvais calcul, car elles ne seront que superficielles et ne changeront pas grand-chose pour la Turquie.” D’après le chercheur, ces sanctions dégraderaient encore un peu plus les relations entre l’UE et la Turquie.

Céline Pierre-Magnani souligne que l’Allemagne s’est jusqu’à présent opposée aux sanctions, arguant d’une préférence pour “développer une relation réellement constructive”. 

Or, “l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche risque par ailleurs de compliquer les relations transatlantiques. Symboliques ou non, des sanctions européennes viendraient isoler encore un peu plus le président Erdogan”, conclut l’auteur de l’article.

 

Source: La Croix 

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