Azerbaïdjan: l’autre douleur

Le journaliste Yaël Goujon a rencontré des familles victimes de la guerre du Haut-Karabakh. 

Le reportage de Yaël Goujon publié sur le site Web de la chaîne Arte vendredi 11 décembre.

Le journaliste s’est rendu à Gandja, ville azérie située à une cinquantaine de kilomètres de la ligne du front. L’artillerie arménienne a bombardé à l’intérieur de terre azérie. 

Raguiba Koulieva, 67 ans, était là-bas la nuit du 17 octobre, quand les bombes sont tombées sur son quartier. Elle raconte qu’il y a des familles entières qui ont disparu suite à l’agression arménienne. Elle-même a perdu aussi son petit-fils de 13 ans dans ce bombardement. 

Après la ville de Gandja, Yaël Goujon embarque avec d’autres journalistes, sous le contrôle de l’armée azerbaïdjanaise. Ils longent la frontière iranienne, puis pénètrent dans le district nouvellement reconquis du Bas-Karabakh. Un glacis de sécurité qui entourait la république autoproclamée du Haut-Karabakh. L’équipe de Yaël Goujon a retrouvé le photojournaliste Reza Deghati. Après 40 ans de carrière de l’Afghanistan au Rwanda en passant par l’Irak, il est habitué des zones de guerre. Né en Iran et d’origine azérie, ce conflit dont il a couvert les premières épisodes dans les années 90 lui tient peut-être plus à coeur que les autres. 

“J’essaie toujours de travailler dans les endroits où je connais la culture, où je parle la langue, c’est une façon aussi qui me permet d’aller plus au fond de l’histoire. Mais tout en gardant cette idée qu’avant tout, je suis un journaliste. Il faut que tout ce que je fais soit documenté, il faut que je sois impartial”, dit-il.

Le photojournaliste a des accès privilégiés sur place. Après quelques heures de route, l’équipe de Yaël Goujon arrive avec lui à Fizuli. Une ville fantôme depuis qu’il est tombée aux mains des forces arméniennes en 1993. A Fizuli des vestiges de la première guerre se mêlent à ceux du dernier conflit. Peuplée à près de 90 % d’azerbaïdjanais à l’époque, elle a été reprise il y a trois semaines. 

“Dans les zones de guerre, certes, il y a des combats, mais il y a plein d’autres choses que normalement personne ne photographie, personne n’y fait attention. Or, une seule photo comme cela raconte toute l’histoire”, poursuit-il en photographiant les restes d’une voiture explosée, l’uniforme militaire sur le sol, les chaussures coincées dans un arbre.

Reza a essayé de vendre son reportage à plusieurs magazines, mais sans succès. On lui reproche sa proximité avec l’Azerbaïdjan. 

Les journalistes se sont également rendus entre Terter et Barda, à 40 km du front, pour des funérailles. Un jeune homme de 17 ans a été tué. “C’est un obus des arméniens qui a touché mon petit-fils. Il n’était même pas soldat, juste un étudiant”, raconte sa grand-mère.

De retour à Gandja, l’équipe des journalistes a visité une résidence universitaire qui accueille des familles dont les maisons menacent de s’effondrer suite au bombardement arménien. Les journalistes y retrouvent Madame Koulieva. Elle y habite avec sa fille, Gulnara. Ensemble, elles ont élevé le jeune homme défunt. Gulnara aussi a été blessée au bras. 

“Quelques jours après la chute de Choucha, un cessez-le-feu sera signé avec l’Arménie. Malgré tout, de nombreux azerbaïdjanais se demandent aujourd’hui pourquoi leur armée n’a pas repris tous les territoires perdus en 1993. Les arméniens, quant à eux, se sentent dépossédés de ces terres dans un basculement de l’histoire”, conclut Yaël Goujon.

 

Source: Arte (chaîne culturelle franco-allemande)

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