Ankara avance ses pions sur l’échiquier caucasien

Marie Jégo, correspondante pour Le Monde à Istanbul, analyse le rôle de la Turquie dans la nouvelle configuration régionale du Caucase dans un article publié jeudi 10 décembre. 

La journaliste fait savoir qu’en visite à Bakou, mercredi 9 et jeudi 10 décembre, pour célébrer la victoire de l’Azerbaïdjan, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est entretenu avec son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliev, au sujet du rôle que la Turquie compte jouer dans la région. Ankara entend bien participer aux opérations de maintien de la paix. Mais l’accord de cessez-le-feu signé le 9 novembre par les dirigeants azerbaïdjanais, Ilham Aliev, et arménien, Nikol Pachinian, sous l’égide du président russe, Vladimir Poutine, ne dit rien du rôle de la Turquie dans la nouvelle configuration régionale. “Aucune unité de maintien de la paix turque ne sera déployée dans le Haut-Karabakh”, a prévenu en novembre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Or, Vladimir Poutine a donné son feu vert à la création d’un centre de coordination russo-turc chargé de veiller au maintien de la paix depuis le territoire azerbaïdjanais. 

La journaliste affirme que vu de Bakou et d’Ankara, le soutien de Paris à la cause arménienne, réitéré lors d’un vote du Sénat en faveur de la reconnaissance de l’indépendance du Haut-Karabakh, a achevé de mettre la diplomatie française hors jeu.

Selon Mitat Celikpala, professeur à l’université privée Kadir Has à Istanbul, “en Azerbaïdjan, la France n’est pas perçue comme un médiateur honnête.”

Marie Jégo aborde également la question du corridor de Latchine. “Les Arméniens ont leur corridor, les Azerbaïdjanais veulent le leur. L’accord de paix négocié par la Russie octroie ainsi à Bakou l’ouverture d’un corridor routier reliant la Turquie et l’Azerbaïdjan via l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan. Ce corridor devrait passer par le territoire arménien, la région du Zanguézour. Erevan s’est engagé à permettre son ouverture”.

Selon Bayram Balci, spécialiste de l’Asie centrale, directeur de l’Institut français des études anatoliennes à Istanbul, “si ce projet est réalisé, il donnera à la Turquie un continuum terrestre, une route jusqu’à la mer Caspienne et au-delà. On peut imaginer un trajet Istanbul-Kachgar, au Xinjiang chinois, avec des perspectives commerciales prometteuses pour toute la région”.

 

Source: Le Monde

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