Chrétiens, juifs, musulmans: l’Azerbaïdjan a conservé les monuments de France, 63 mosquées détruites au Karabakh

Trois dirigeants des communautés juives d’Azerbaïdjan, l’archevêque orthodoxe du pays, ainsi que le chef des musulmans chiites et le chef de la communauté chrétienne Albano-oudienne ont lancé un appel à la communauté internationale concernant la destruction de dizaines de mosquées au Karabakh. Ils notent que, contrairement à l’Arménie, l’Azerbaïdjan protège les sanctuaires de toutes les religions. Les prêtres ont rappelé que leur pays participait à la préservation des monuments historiques même en France. Le 19 novembre, le président Macron s’est dit préoccupé par le sort des églises du Karabakh, même si en France même, les autorités sont souvent incapables d’assurer la sécurité des sites religieux.

La mosquée à Aghdam
La mosquée à Aghdam

«…Les mosquées, les temples, les cimetières, les monuments historiques, les musées, les bibliothèques ont été saccagés et pillés dans les territoires occupés de l’Azerbaïdjan, les temples chrétiens appartenant à l’Albanie du Caucase et les églises orthodoxes russes ont été grégorianisés, les mosquées ont été transformées en étables et soumises à des insultes sans précédent telles que la garde à l’intérieure des mosquées d’animaux interdits dans l’Islam. Dans le territoire de Karabakh 63 mosquées sur 67 ont été détruites tandis que les 3 mosquées restantes gravement endommagées», dit la déclaration conjointe des dirigeants des confessions musulmane, chrétienne et juive, diffusée le 24 novembre.

«L’Arménie a complètement démoli les monuments historiques et religieux azerbaïdjanais  qui se trouvaient sur son territoire – les mosquées «Shah Abbas», «Sardar», «Haji Novruz Ali» à Erevan et d’autres mosquées, a modifié les caractéristiques architecturales de la Mosquée Bleue. En ne se contentant pas de la destruction des mosquées musulmanes, l’Arménie a approprié et grégorianisé l’église orthodoxe  de Jean-Baptiste à Choucha, ainsi que des temples albaniennes-oudies dans d’autres régions, ce pays a complètement détruit l’église orthodoxe de Khodjavend. En commettant de tels actes de vandalisme, le principal objectif de l’État agresseur rêvant de créer une «Grande Arménie»,  était de détruire à la fois notre passé historique et notre mémoire religieuse sur les terres où nous vivions depuis des millénaires…», a été déclaré dans cet appel de six ecclésiastiques aux «chefs d’État et de gouvernement de pays étrangers, ainsi qu’aux dirigeants des organisations internationales».

Ils affirment que «l’Arménie mène une fausse propagande contre l’Azerbaïdjan sur des sujets religieux, en prétendant que c’est l’Azerbaïdjan qui détruit des monuments religieux et culturels sur des territoires libérés d’occupation, tout en  essayant de rejeter sa propre provocation sur notre pays». 

«Dans ses appels et ses entretiens, le Président de l’Azerbaïdjan a déclaré à plusieurs reprises que comme dans d’autres parties de l’Azerbaïdjan, dans les territoires libérés, tous les monuments religieux et culturels, les lieux de culte seront restaurés, la foi de chacun sera respectée et la coexistence pacifique sera assurée», dit la déclaration. 

Ses auteurs ont également rappelé que le gouvernement de l’Azerbaïdjan apporte une contribution inestimable à la restauration “des monuments historiques, des mosquées et des églises non seulement dans le pays, mais dans différentes régions du monde” – y compris en France.

La mosquée à Aghdam

Le lundi 23 novembre, le président de l’Azerbaïdjan a visité la mosquée détruite de la ville d’Aghdam, rétrocédée à l’Azerbaïdjan conformément aux accords entre Bakou, Moscou et Erevan, qui ont mis fin à la guerre du Karabakh. Aliyev a déclaré que plusieurs années auparavant les représentants du Groupe de Minsk qui jouait le rôle de médiateur, s’y étaient rendus:  «Ils ont effectué des missions ici à deux reprises et m’ont informé qu’ils avaient visité la mosquée d’Agdam. Pourquoi n’avez-vous pas soulevé la question? Pourquoi cela n’a-t-il pas inquiété les dirigeants occidentaux? Il s’avère que les mosquées musulmanes peuvent être profanées et détruites, que les vaches et les porcs peuvent y paître. Si tel est le cas, qu’ils gèrent les problèmes dans leurs pays, il ne faut pas se mêler de nos affaires», a noté le dirigeant d’Azerbaïdjan.

Comme le rapportait l’Elysée jeudi 19 novembre, le président Macron lors d’une visioconférence avec le président Aliyev a annoncé «l’effort d’aide humanitaire porté par la France et sa volonté que des mesures fortes  soient prises pour protéger le patrimoine religieux et culturel du Haut-Karabakh». Apparemment, l’appel lancé par les chefs religieux azerbaïdjanais à la communauté internationale a été la réaction à cette déclaration. Ce n’est pas par hasard qu’ils ont évoqué la participation de leur pays à la préservation des monuments historiques de France.

En 2007 la Fondation Heydar Aliyev a participé à la restauration des monuments historiques situés dans le parc du château de Versailles à Paris. En 2009 la même organisation a alloué des fonds à la rénovation de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg et 40 000 euros pour la restauration de deux vitraux du XIVe siècle. En outre, l’Azerbaïdjan a fait don d’un million d’euros au Louvre.

Dans le même temps, se déclarant préoccupé par «le patrimoine culturel et religieux du Haut-Karabakh», le président Macron est souvent incapable d’assurer la sécurité de nombreux sites religieux sur ses propres terres. Ainsi, selon les statistiques officielles du ministère de l’Intérieur, en 2019, 154 actes anti-musulmans ont été enregistrés en France. La plupart des attentats et actes de vandalisme de cette catégorie ont visé des biens religieux (sans compter 687 épisodes antisémites). En outre, 996 actes antichrétiens ont été enregistrés – principalement des attaques contre des biens religieux.

En outre, les autorités ne sont pas en mesure d’assurer la protection des cimetières de diverses confessions. Par exemple, selon Le Parisien, le 19 février 2019, 96 tombes juives ont été profanées dans le Bas-Rhin. L’inaction des autorités est éloquemment attestée par le fait que 107 pierres tombales ont été profanées dans la même ville le 3 décembre 2019, dans un autre cimetière juif.

Nous ne disposons pas encore de statistiques généralisées pour 2020. Mais des rapports de différentes villes de France indiquent que le problème de la protection des sites et des personnalités religieuses ne reste pas, en tout cas, moins urgent qu’au Haut-Karabakh.

9-11 mars: des attaques ont visé trois mosquées dans différentes régions de France.

18 juillet: incendie à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes.

27 juillet: des tags anti-islamiques et racistes ont été peints sur le mur d’une mosquée du quartier d’Agen.

13 août: la mosquée Essalam de Lyon a été incendiée.

21 octobre: ​​une mosquée de Bordeaux a été vandalisée.

31 octobre: ​​des tags offensifs ont été faits sur la façade d’une mosquée de Pantin et une mosquée de Châteaudun a été profanée; une tentative a été faite sur la vie d’un prêtre de l’église grecque de Lyon.

Dans ce contexte, une question pertinente se pose: bien sûr, il est très noble de se préoccuper de la sécurité des sites religieux dans le Caucase, mais peut-être avec le même zèle devrait-on veiller à la protection des églises, des mosquées et des cimetières juifs chez soi?

 

Source: Azertac (agence de presse d’Azerbaïdjan); chaîne Youtube Prezident.az; Fondation Heydar Aliyev; eurasianet.org; Ministère de l’Intérieur français; leparisien.fr; gazeta.ru; yenisafak.com; rossaprimavera.ru 

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