Au Karabakh, la guerre et le virus

L’AFP (Agence France Presse), qui envoyait régulièrement ses reporters au Haut-Karabakh, a publié l’article samedi 14 novembre, où les journalistes abordent le sujet de la guerre pendant la pandémie de Covid-19.

La guerre au Haut-Karabakh déclenchée le 27 septembre a fini après six semaines de batailles.

A partir du 30 septembre, l’AFP a envoyé plusieurs équipes de reporters en Azerbaïdjan et en Arménie. Il fallait être sur le terrain des deux côtés de la ligne de front. Treize au total, rédacteurs, photographes et vidéojournalistes.

Le photographe Bulent Kilic, qui a couvert cette guerre du côté azerbaïdjanais, a raconté des règles de base pour échapper à la guerre: se réfugier dans les caves, scruter les trouées laissées par les bombardements sur les façades des immeubles.

“On peut aussi guetter le positionnement de la défense antiaérienne, quand les roquettes arrivent”, complète le vidéojournaliste Kadir Demir arrivé le 8 octobre avec Bulent.

Et sur le terrain, pendant ces longues semaines de bombardements incessants, la maladie semblait un sujet presque futile. “Nous étions partis avec un bon stock de masques et quelques bouteilles de gel hydroalcoolique”, se souvient Kadir. “On se disait plutôt est-ce que le gilet pare-balles va servir ?”, se souvient Bulent.

“Personne dans la ville, ou dans les tranchées, ne portait de masque”, y compris les journalistes, confie le reporter Emmanuel Peuchot, envoyé spécial de l’autre côté de la ligne de front, à Stepanakert. “Inconsciemment, il y avait peut-être le sentiment que porter ce masque était indécent, dérisoire. Comment porter ce masque sur la ligne de front où la mort peut frapper brutalement à chaque instant ?”

“Le virus, au début je n’y pensais pas du tout… en tout cas pas avant la première roquette tombée sur Gandja, sur des habitations. Quand des roquettes tombent sur la ville, les gens ont d’autres priorités. Ils n’ont qu’une seule chose en tête. Ils me disent tous “on veut notre terre libérée”, témoigne Kadir, envoyé spécial de l’AFP.

A Stepanakert, les reporters de l’AFP partagent le quotidien des habitants qui n’ont pas fui et se réfugient dans les caves. Emmanuel Peuchot y rencontre la dirigeante d’un laboratoire d’analyses de la ville, qui se rend auprès des habitants pour les tester. Selon la directrice du labo, Lusine Tovmasyan, 40 à 60% des personnes sont testées positives.

Pour les reporters, il y a la crainte d’être infectés à leur tour, et celle de contaminer les habitants. “Ces questions me hantaient. Je me disais, et si quelqu’un l’attrapait à cause de nous ? À qui l’ai-je passé, ai-je contaminé quelqu’un ? Il y avait des personnes âgées, dans les caves que nous visitions”, se souvient Bulent.

Fin octobre, le reporter Emmanuel Peuchot et le vidéojournaliste Kadir Demir ont été testés positifs, de retour de la ligne de front.

“Dans le Haut-Karabakh, ce qui tue le plus c’est la guerre, pas le Covid, la priorité c’est la guerre, pas le Covid, il faut d’abord survivre à la guerre, pas au Covid”, affirme Emmanuel Peuchot.

Les troupes d’Azerbaïdjan ont gagné du terrain, jusqu’à s’emparer dimanche 9 novembre de Choucha, une ville stratégique, dressée sur une montagne à 15 km de Stepanakert. Dans la nuit qui a suivi, le Premier ministre arménien a annoncé la signature d’un accord de fin des hostilités avec son homologue azerbaïdjanais. Il a suscité la colère de nombreux habitants de la capitale arménienne, Erevan.

Les armes semblent s’être tues mais en Azerbaïdjan l’épidémie de nouveau coronavirus flambe, avec plus de mille cas par jour depuis fin octobre, selon des données officielles. Plus de 900 personnes y ont été emportées par la maladie. Depuis début novembre, le bilan dépasse la dizaine de morts chaque jour. En Arménie aussi: plus de 2.000 cas sont rapportés quotidiennement depuis le début du mois, et déjà plus de 1.700 morts. Cette guerre-là se poursuit.

Source: AFP (Agence France Presse)

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